Hommages en série (5): De Lina Malenfant à Karsten Kroll

Voici le 5e texte d’une chaine d’hommages que les interprètes se rendent entre eux. Le principe est simple : la personne à qui l’hommage est rendu se charge d’écrire un nouveau billet sur quelqu’un qu’elle admire qui, à son tour, écrira sur l’interprète de son choix et ainsi de suite. – Fabienne Cabado, idéatrice

Qui est Karsten Kroll?

KKroll 3Pour moi Karsten Kroll est un arc-en-ciel éclatant, un mandala rayonnant,
Un regard d’une profondeur parfois abyssale,
Un tournesol toujours, toujours et toujours tourné vers le soleil,
Un corps d’homme qui déborde d’une vitalité puisée de je ne sais où,
Un cœur d’enfant sautillant et heureux de jouer dans la pluie.

Sur sa nouvelle terre d’accueil il continue sa quête du mouvement.
Ils sont toujours pleins, ses mouvements.  Plein de quoi?  Lui seul le sait.
Ses gestes quotidiens m’apparaissent chargés d’une conscience, d’un respect, ils ont une vie propre,
Il continue son chemin tel un transatlantique.  Les tempêtes se présentent, il les traverse.
Des tourments et des démons l’habitent.  Lui aussi.  Mais il tente de se faire ami avec.  Et y parvient.

Il possède une détermination hors de tout entendement, éclairé par son phare,
Il me fait le même effet que le rire d’un bébé,
Il maitrise aussi l’art de la délicatesse des mots justes et des bonnes intentions,
Il est capable d’apprécier la simple beauté d’un grain de sable, il y trouvera un sens et vous en partagera les secrets,

Si vous lui demandez pourquoi il danse; il vous dira tout  simplement qu’il aime ça.  I Just Love it!  I Love moving!  Si vous lui demandez alors pourquoi il fait parfois  un travail de modèle vivant, figé dans une fixité; il vous répondra qu’il aime ça aussi. Que derrière l’apparence de non-mouvement, il y a toute une vie à  l’intérieur.  Une vie qui circule, qui s’éclate, qui se tord, qui explose.  Toute contenue dans une enveloppe immobile le temps de quelques coups de crayons. Quelques fois débordante d’intensités ou de subtilités, selon le moment.

Mais pour tout vous dire… Karsten c’est en réalité un cœur. Oui, un vrai cœur comme dans tous les sens où on comprend le mot cœur, mais un cœur qui est en forme d’humain se mouvant avec ses appendices.  C’est ça…, Karsten, c’est un cœur-humain-dansant-vibrant-aux couleurs éclatantes-généreux et surtout vivant!   Merci, Karsten, d’être tout ça, merci d’être là.

Lina Malenfant

KKroll 5

Photo: Geneviève Picard

 

Biographie

Né à Rostock en Allemagne, Karsten Kroll a fait ses études en danse contemporaine à Hambourg (Allemagne) et Tilburg (Pays-Bas) ainsi qu’à Lierre (Belgique). Danseur, chorégraphe et professeur œuvrant à Anvers (Belgique), il auditionne pour Isabelle Van Grimde qui lui fait découvrir Montréal en 1996. Séduit par la ville, il y déménage quatre ans plus tard et il y travaille depuis avec Suzanne Miller & Allan Paivio, la Compagnie de Danse SURSAUT, Mariko Tanabe Dance Inc., AR&T CORPs de Michèle Rioux, PAR.B.L.EUX de Benoit Lachambre, Karen Barcley, Patricia Iraola, Katie Ward, David Pressault Danse et AXILE de Liliane St-Arnaud.

Hommages en série (4): De David Rancourt à Jamie Wright

Voici le 4e texte d’une chaine d’hommages que les interprètes se rendent entre eux. Le principe est simple : la personne à qui l’hommage est rendu se charge d’écrire un nouveau billet sur quelqu’un qu’elle admire qui, à son tour, écrira sur l’interprète de son choix et ainsi de suite. – Fabienne Cabado, idéatrice

 

« I won’t tell the story the way it happened but the way I remember. » [1]

Salut Jamie,

Wow, ça fait un bail que je n’ai pas écrit une lettre à une amie! J’imagine qu’il me fallait ce type d’opportunité ou de prétexte pour prendre le temps de t’écrire, prendre le temps de te célébrer, de mettre en mots le bonheur que j’ai d’être en ta présence et te laisser savoir le plaisir que j’éprouve à te voir sur scène. Cette lettre, je te l’adresse en tout respect et en toute amitié. J’espère qu’avec ces quelques lignes j’arriverai à te rendre hommage pour te remercier d’avoir su m’inspirer au fil des ans par ta pratique, ton pragmatisme, ton talent et ton engagement.

Quelle femme tu es, Jamie Wright!

Maman, danseuse, enseignante, répétitrice, coordonatrice… Tu portes les mille et un chapeaux et ils te vont tous bien.

Avant de mettre sur papier les impressions que tu m’as faites, je me suis remémoré les spectacles où je t’ai vue danser. Pour débuter, je paraphrase les mots de Fred dans Gravel Works. Ça disait quelque chose comme ça: « Nous avons construit ce spectacle pour qu’il s’adresse à vous sur différents plans : la tête, le coeur, le sexe. »

C’est comme ça que je te connais comme artiste, une artiste totale. Tu t’adresses à nous de ton entièreté.

Je repars maintenant depuis le début. Savais-tu que nous sommes tous les deux arrivés à Montréal en 1999? C’est sûrement à cause de ça que je ressens un profond attachement envers toi, une familiarité. Parce que nous sommes de la même génération de danseurs, j’ai rapidement reconnu en toi une collègue, une amie et une alliée. Je t’ai toujours sentie passionnée et ouverte au dialogue. Tes pensées, idées, opinions changent et évoluent. À tes côtés, je comprends et je confirme que nous pratiquons un art bien vivant. Petit à petit, en parallèle ou ensemble, nous façonnons la communauté dans laquelle nous évoluons. Tu me donnes confiance.

Mes souvenirs, mes élans d’admiration, le respect que je te porte et tous nos moments partagés ne seraient sans doute pas les mêmes sans notre rencontre au sein de José Navas/Compagnie Flak. Combien de fois, en studio, je t’ai laissée apprendre et réapprendre les phrasés sur vidéo parce que c’était tellement plus simple et agréable d’apprendre directement de toi. Que dire de l’unisson que nous dansions dans S alors que ta rapidité et ta clarté me poussaient à une plus grande compréhension de ce que je faisais. Quelle satisfaction j’éprouvais à la fin de ce segment d’une ou deux minutes à tes côtés! C’était comme si nous partagions le même ventre. Je comprenais physiquement et intégralement le concept d’unisson.

Comme spectateur, je me souviens de tes magnifiques grands jetés dans Adela, mi amor. Suivait, un peu plus tard dans le spectacle, un solo tout en fluidité. Ta virtuosité dans cette danse m’avait cloué sur le siège de l’Agora. Je garde aussi un souvenir de ton bref passage chez O Vertigo. C’est dans étude #3 pour cordes et poulies que j’avais à nouveau mesuré ton immense talent et ta présence remarquable. Fait à noter, il y avait cette prouesse que tu venais faire au devant de la scène; tu sais, l’équilibre avec appui sur le côté du corps et les jambes qui swinguent en l’air… Faut croire que je reste sensible à un certain athlétisme… Sur scène, je me souviens que tu t’adressais au Théâtre Maisonneuve en entier et tu repartais, dévalant le plateau comme un «électron libre». Dernièrement dans Usually Beauty Fails au Grand Théâtre de Québec tu as directement touché mon coeur. C’est sans doute parce que tu es venue m’embrasser dans la salle pendant l’entrée du public. En fait, c’est exactement pour ça. Je me sentais privilégié et, en même temps, ébahi par ta facilité à créer le lien entre la danse et la vie. Je te voyais et je me suis dit: « Elle est chez-elle, simple comme ça. »

Je constate également que, comme moi, tu accordes une grande partie de ton temps à définir l’entraînement des danseurs. Il y a quelques années, nous étions autour de la table du Comité des classes techniques au Regroupement québécois de la danse. Je trouve étonnant de penser qu’en ces temps, tu revendiquais haut et fort la classe de danse traditionnelle; pliés et tendus non négociables… Aujourd’hui au détour de nos conversations, je remarque que le ton a changé, que le propos s’est nuancé, qu’il est empreint de plusieurs réflexions et riche d’expériences. Je t’écoutais à la suite du spectacle de fin de session de l’École de danse contemporaine de Montréal. En un court instant, tu as réussi à désamorcer mes craintes concernant l’enseignement que l’on offre à nos jeunes artistes. Tu as été capable de me situer dans le contexte global et de pointer plusieurs éléments qui manquaient dans le portrait que je m’en faisais. Je suis heureux et réconforté de savoir que plusieurs jeunes talents te côtoient. Le dialogue que tu sembles établir avec eux en est un privilégié et responsabilisant.

Alors, Jamie, une fois de plus dans ce mot, je te remercie de t’être déployée sur scène (et de continuer à le faire). Ta présence m’as permis de garder en mémoire les oeuvres Adela, mi amor, étude #3 pour cordes et poulies, S’envoler, Gravel works et Usually Beauty Fails.

Je garde aussi plusieurs impressions bien vivantes de notre temps ensemble dans Anatomies et S.

Merci de ton engagement envers la communauté par ta participation à différents comités et discussions. Et merci de mettre autant d’énergie au développement de la nouvelle génération… Ta vision globale de la discipline m’émeut.

Comme je le disais par la citation au tout début, cette lettre en est une d’impressions et de souvenirs.

J’espère que tes projets présent et futur continuent de te combler et de te faire grandir.

Sincères amitiés,

David xx

« When I’m pushing through the pain, it’s like something happens in my brain. It feels so right I just can’t explain, I think my body must be insane. »[2]

 

___

[1] Finnegan Bell dans le film Great Expectations d’Alfonso Cuaron, d’après le roman de Charles Dickens

[2]  Downboy (Lucie Mongrain et Jamie Wright), paroles tirées de Ballet Song de l’album Get off my leg.

Hommages en série (3): De Carol Prieur à Lina Malenfant

Voici le 3e texte d’une chaine d’hommages que les interprètes se rendent entre eux. Le principe est simple : la personne à qui l’hommage est rendu se charge d’écrire un nouveau billet sur quelqu’un qu’elle admire qui, à son tour, écrira sur l’interprète de son choix et ainsi de suite. – Fabienne Cabado, idéatrice

Three times in my life I have looked into the eyes of a being and through those eyes I was transported. Within the pools of those eyes, the depth of life resonated and revealed all of itself to me. I saw all the possibilities of life, an awakening to the mysterious, to something that was far greater than myself, something beyond. Lire la suite

Hommages en série (2): Lettre de Marc Boivin à David Rancourt

Voici le deuxième texte d’une chaine d’hommages que les interprètes se rendent entre eux. Le principe est simple : la personne à qui l’hommage est rendu se charge d’écrire un nouveau billet sur quelqu’un qu’elle admire qui, à son tour, écrira sur l’interprète de son choix et ainsi de suite. – Fabienne Cabado, idéatrice

 

Cher David,

Je t’admire. Voilà. Lire la suite

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Hommages en série, une idée de Fabienne Cabado

Le bonheur, c’est comme le sucre à la crème : quand on en veut, on s’en fait ! L’idée m’est venue d’adapter ce proverbe québécois à la reconnaissance des danseurs et des danseuses au sortir des délibérations du jury du premier Prix du RQD – Interprète, petit nouveau dans la liste grandissante des Prix de la danse de Montréal.

Si Carol Prieur s’est imposée comme une évidence, elle est loin d’être la seule que nous aurions aimé pouvoir mettre en lumière. Alors, pour ne pas avoir à attendre décembre 2015 pour honorer le talent d’un autre artiste, j’ai pensé à une chaine d’hommages que les interprètes pourraient se rendre entre eux dans ce blogue que Catherine a créé pour leur donner plus de poids. Lire la suite

Une transition

Depuis des mois je me demande ce que deviendra Le danseur ne pèse pas lourd dans la balance. Comment lui donner vie à nouveau, alors que j’entame à la mi-août ma cinquième année d’études en ostéopathie? Ai-je encore la légitimité de dénoncer et m’indigner, même si je n’ai plus les pieds ancrés dans le studio et le cœur labouré quotidiennement par les exigences dévolues au danseur-interprète? Lire la suite

Des citrons et des tomates

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