Archives de Catégorie: Politique

Serions-nous victimes des mêmes peurs que notre public?

Un texte de David Pressault

Je ne vais pas y aller par quatre chemins: je suis surpris et désolé du manque de quête de sens en danse contemporaine. Aurions-nous perdu notre chemin? Chaque année, nous mettons en place des mécanismes forts intéressants et efficaces pour améliorer l’éducation de notre public, afin de faciliter la « compréhension » de la danse. Mais les artistes qui la créent la comprennent-ils eux-mêmes?

Ce que nous cherchons par ces processus de médiation culturelle est bien sûr, le développement de public. En éduquant les spectateurs et en démystifiant la danse, on atténue les craintes de certains. C’est une bonne chose, car le côté non-rationnel de la danse peut en effaroucher plusieurs et faire émerger des complexes d’infériorité intellectuelle ou culturelle. Parce que les complexes nous placent toujours dans une situation bien inconfortable, on préfère bien souvent les éviter.

Souffririons-nous des mêmes complexes que nos spectateurs? Serait-il possible que la rigueur intellectuelle et la forme de pensée qu’exige la danse, ouverte et intuitive, nous échappent? Serait-il possible que nous tombions dans un complexe d’infériorité intellectuelle qui nous retient de trop analyser ou de trouver du sens (surtout) dans les œuvres de nos pairs ou dans les nôtres?

Même si la danse n’utilise pas de mots, elle est un véhicule de communication. Contrairement, au sport son but ultime n’est pas la performance physique, mais la capacité du corps de s’exprimer là où les mots ne suffisent pas. C’est un art fait de nuances, de sensations, de sentiments, de tout ce qui est vécu de manière irrationnelle et qui permet l’expression du monde intérieur.

Plus que jamais, les gens cherchent à donner un sens à leur vie. Pendant ce temps, nos vies sont pleines de dilemmes irrationnels et de paradoxes avec lesquels les êtres humains vivent mal. On aime mieux que les choses soient claires ou du moins compréhensibles, ce qui facilite la quête de sens que la plupart d’entre nous poursuivent.

C’est précisément le rôle des artistes. Ils explorent, ils questionnent, ils décortiquent divers aspects de nos vies pleines de ces dilemmes et paradoxes et apportent des bribes de sens. Leurs œuvres servent notre quête de sens.

Ce qui m’amène au centre de mon sujet. Les œuvres de danse ont du sens, mais ce sens n’est pas rationnel. Le monde de l’inconscient avec lequel nous frayons dans les studios est souvent irrationnel, mais est une fontaine rafraîchissante, une source vie continuelle. Explorer ce monde n’empêche pas d’utiliser la pensée, comme nous l’ont démontré à maintes reprises des philosophes, des psychologues et psychanalystes qui explorent par écrit les riches aspects de la vie intérieure irrationnelle et de l’inconscient. Par contre, développer une capacité à  penser de manière intuitive et ouverte cause de l’inconfort, car il n’y a jamais de certitude ni de conclusion irréfutable. C’est une pensée qui jongle une multitude de données : sensations, sentiments, intuition, imaginaire et symboles. Il est possible de s’y perdre très facilement et rapidement. Mais c’est une forme de pensée qui, d’après moi, est la meilleure pour trouver du sens dans les œuvres chorégraphiques.

J’ai parfois l’impression qu’on souhaite créer nos danses sans penser au sens qu’elles véhiculent. Je crois que nous préférons éviter ce terrain épineux, car la pensée est une faculté que nous utilisons peu. Peut-être est-ce parce que la forme de pensée valorisée actuellement est scientifique et doit s’appuyer sur des faits pour faire émerger une clarté sans ambigüité. Peut-être aussi que nous avons peur, comme le public, de ne pas savoir absolument, de ne pas comprendre clairement.

Devant une œuvre chorégraphique, comme devant un rêve, on se retrouve toujours avec une première impression de non-sens. Mais petit à petit, lorsqu’on se donne la peine d’y réfléchir, de se questionner, un sens émerge, qui parfois échappe même au chorégraphe et aux danseurs qui l’ont créée. Chorégraphe moi-même, j’ai souvent compris le sens caché de mes œuvres longtemps après leur création et leur présentation. Une part de mystère demeure.

Raison/logique/objectivité et imagination/intuition/subjectivité s’opposeront toujours. C’est un combat éternel, que l’humain doit résoudre en acceptant la cohabitation en lui-même de Logos et d’Éros. La danse contemporaine aime bien nourrir Éros, mais fuit généralement Logos. Elle risque d’y perdre de la richesse et de la profondeur en adoptant l’une au profit de l’autre, en refusant la tension créatrice venant de la cohabitation de ces deux énergies.

Des rumeurs circulent à l’effet qu’une institution de soutien aux arts s’apprête à réformer certains programmes pour 2016. Nous risquons de nous enfoncer toujours plus dans une logique économique et politique Apollonienne, alors que nous peinons déjà à défendre le sens caché de nos œuvres irrationnelles et intuitives.

Comment pourrons-nous défendre notre position d’artiste, si nous tardons à accepter nous même la valeur de nos œuvres pleines d’Éros? Comment arriverons-nous à résister à la vague d’œuvres numériques et technologiques qui soulignent toujours plus lourdement l’éphémérité de nos pièces? Tant que nous ne serons pas convaincus de nos rôles de révélateurs de sens, les institutions de financement publiques pourront, avec notre consentement silencieux, faire passer un agenda économique et politique, dont nous sortiront tous perdants. Lorsque la valeur de l’art est réduite à son expression monétaire, elle perd son rôle qui consiste à nourrir l’âme humaine. Faisons attention de ne pas nous laisser contaminer par ce personnage de Brel qui préfère les bonbons, aux fleurs périssables…

 

 

The elephant in the room

Il y a deux semaines, un éléphant s’est faufilé dans la pièce sans que personne ne s’en rende compte…

Les danseurs des Grands Ballets Canadiens de Montréal se sont affilié au Canadian Actors’ Equity Association. Lire la suite

Abus de pouvoir en danse (un problème complexe)

Dr Roger Hobden a souligné sur Facebook ce week-end son désir de voir cesser les abus de pouvoir envers les danseurs. La reprise de cette discussion m’a incité à vous partager la conclusion du mémoire que j’ai publié au Département de danse de l’UQAM en janvier 2011 et intitulée « Éros et pouvoir: regards jungiens sur les situations d’abus de pouvoir entre les chorégraphes et les danseurs contemporains« . Bonne lecture!

David Pressault Lire la suite

Power abuse in dance (a most complex issue)

I’m glad that Dr. Roger Hobden publicly denounced on Facebook this appalling reality of abuse of power dancers keep being a subject to. All initiatives that break the silence are steps towards changing a systemic problem.  I’ve written a thesis on the subject and in so doing I’ve come to see the problem differently and hopefully shed more light on an issue that is extremely complex. The thesis is in french and it’s called: Éros et Pouvoir : Regards Jungiens sur les situations d’abus de pouvoir entre chorégraphes et danseurs contemporains. Lire la suite

Concernant les Prix de la danse

«  Les Prix de la danse de Montréal est un organisme qui  décerne annuellement des prix à des artistes de la danse (individu, collectif d’artistes ou compagnie), canadiens ou étrangers, pour leur contribution exceptionnelle à la danse. Le jury peut récompenser tout autant des artistes d’expérience, cumulant d’impressionnantes feuilles de route, que de jeunes artistes s’étant brillamment illustrés. Tous les artistes qui présentent une œuvre artistique sur le territoire de la ville de Montréal (entre la période du 1er juillet au 30 juin) sont automatiquement mis en candidature pour la remise des prix. » Source: http://www.prixdeladanse.com Lire la suite

Le vrac de février

UDA

Vous avez sans doute reçu dans les derniers jours par la poste (oui, oui, allez ouvrir votre courrier, y’a des trucs le fun dans toute cette paperasse qui s’accumule!) un avis de convocation pour une assemblée des danseurs à l’Union des artistes. Lire la suite

Faits saillants

C’était l’assemblée générale du RQD ce week-end. Le plus beau week-end de l’automne, évidemment. Pour y assister, il fallait avoir le mot danse tatoué sur le cœur. D’ailleurs, j’ai cru remarquer que nous étions moins nombreux que par les années précédentes. Lire la suite

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