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Une invitation, en français and in english, from Anna Patterson

Dans le cadre du lancement de la saison 2015-2016, voici une invitation destinée aux danseurs venant de Anna Patterson. Répondez-lui! You’ll find the original version just bellow my french translation.

Je m’appelle Anna Patterson et je suis originaire de Boston. Je suis étudiante en danse contemporaine et en linguistique à l’Université Concordia. Cet été, je travaille pour deux organismes de la communauté montréalaise, le studio 303 et Danse à la carte. Pour cette dernière, je suis impliquée dans un projet qui sera présenté lors de la soirée bénéfice du 4 septembre prochain et qui me semble à la fois important et particulièrement digne d’intérêt. J’ai besoin de votre aide! Je vous demande :

Comment pouvons-nous travailler à donner plus de visibilité aux danseurs en les reconnaissant comme artistes à part entière, plutôt que comme simple rouage d’une grande machine chorégraphique et culturelle?

Comment pouvons-nous accéder à sentir notre complétude d’artiste, sans restriction de titre ou de catégorie?

Comment pouvons-nous présenter au public nos trajets de carrière, les signatures que nous donnons à nos parcours individuels, sans qu’ils soient forcément tributaires de l’éclairage médiatique placé sur les compagnies et chorégraphes pour lesquels nous travaillons?

Par ailleurs, chacun de nous est constitué d’une multitude de parties. Les danseurs sont tissés de passions diverses et ne soyons pas surpris de les voir s’intéresser à des esthétiques variées. Ne nous enfermons pas dans une catégorie, ne laissons pas un style de danse nous définir. Permettons-nous d’affirmer cette essentielle distinction entre les danseurs et les chorégraphes : notre individualité d’artiste interprète et la versatilité que nous développons permet de tisser des liens, de bâtir des lieux d’échanges riches entre danseurs de divers horizons esthétiques.

Pour toutes ces raisons, lors de la soirée bénéfice du 4 septembre prochain, Danse à la carte aimerait présenter certains d’entre vous à titre d’artiste assumé. Alors dites-moi : de quoi aura l’air votre prochaine saison? Travaillez-vous sur de nouveaux projets? Êtes-vous investis dans la création d’une nouvelle œuvre chorégraphique? Quels sont les partenariats que vous développez avec d’autres danseurs et créateurs? Dites-nous comment vous suivre jusqu’à l’été prochain.

Permettez à la communauté et au public d’apprendre à vous connaître! Je réalise que peu d’informations circulent au sujet des danseurs. Je ne vous demande pas de dévoiler vos aspects les plus intimes, mais de présenter ce qui fait de vous un artiste unique. Peut-être aurez-vous envie de nous parler d’une résidence marquante en Italie, du costume le plus extraordinaire que vous avez porté sur scène ou d’un mouvement qui fait votre réputation jusqu’à l’extérieur du studio? Faites-nous part d’une histoire, d’un événement cocasse, d’un espoir que vous portez en vue de cette nouvelle saison.

Alors, si cette proposition vous interpelle et que vous souhaitez savoir comment la concrétiser le 4 septembre prochain, contactez-moi pour plus de détails à anna.patterson11@gmail.com

My name is Anna Patterson.  I am currently a student in Concordia University double majoring in Contemporary dance and Linguistics.  This summer I am interning with Studio 303 and Danse à la Carte.  Some of my responsibilities with the latter have to do with the Fundraiser on September 4th.  I chose to help with a project I find particularly interesting and important.  I haven’t seen something like this done yet either here in Montreal or my home city (Boston).

And so I’m asking for your help, I’m asking:

How can we work together to empower dancers as individual artists rather than as solely parts of a whole?

How can we present ourselves as complete in ourselves, unrestricted by titles and categories?

How can we present our careers as individual, intentional journeys, instead of hopscotching highlights from one company or choreographer to the next?

Every individual is comprised of many parts.  We are all made of different passions, and in dancers it comes as no surprise to hear that they are interested in many different styles.  Let’s erase the lines drawn around us that simplistically define us as part of a single category. Let’s emphasize together the bridges and crossovers between genres of dance.

We want to know you as an individual artist. So tell us: what’s your coming year going to be like? Busy with new projects? Exciting choreographies? Continued partnerships with dancers and creators? Let us know so we can follow along.

And let’s show the community at large who you are!  It’s been my experience that most professional dancers don’t have much personal information out there.  Now, I’m not asking for your Social Security number, but I’d like to ask you for something personal, something unique.  Tell us how much you loved Italy while in residence, what was the least favorite costume you’ve worn onstage, do you have a favorite move to break out at parties? Give us a story, a joke, a hope for the coming year.  Let’s launch the season together.

For more information and details please about this project, please contact Anna at anna.patterson11@gmail.com

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Hommages en série (8): De Suzanne Miller à Magali Stoll

Voici le 8e texte d’une chaine d’hommages que les interprètes se rendent entre eux. Le principe est simple : la personne à qui l’hommage est rendu se charge d’écrire un nouveau billet sur quelqu’un qu’elle admire qui, à son tour, écrira sur l’interprète de son choix et ainsi de suite. Fabienne Cabado, idéatrice

Crédit: Eldor Gemst. Source: RQD

Crédit: Eldor Gemst. Source: RQD

Dearest Magali, Lire la suite

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Hommages en série (7): De Jamie Wright à Ivana Milicevic

Voici le 7e texte d’une chaine d’hommages que les interprètes se rendent entre eux. Le principe est simple : la personne à qui l’hommage est rendu se charge d’écrire un nouveau billet sur quelqu’un qu’elle admire qui, à son tour, écrira sur l’interprète de son choix et ainsi de suite. Fabienne Cabado, idéatrice


Ma chère Iv,

Quel plaisir d’écrire une lettre, une vraie lettre, de mettre en mots des choses que j’aurais dû te dire il y a très longtemps. Et quel luxe de savoir cette lettre publique (impossible de faire abstraction de ce fait), de savoir que des gens vont avoir la chance de se rappeler de toi, de penser à toi et d’en apprendre sur toi. Lire la suite

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Hommages en série (6): De Karsten Kroll à Suzanne Miller

Voici le 6e texte d’une chaine d’hommages que les interprètes se rendent entre eux. Le principe est simple : la personne à qui l’hommage est rendu se charge d’écrire un nouveau billet sur quelqu’un qu’elle admire qui, à son tour, écrira sur l’interprète de son choix et ainsi de suite. – Fabienne Cabado, idéatrice

Angels inhabit human forms!

Dearest Suzanne, Lire la suite

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Serions-nous victimes des mêmes peurs que notre public?

Un texte de David Pressault

Je ne vais pas y aller par quatre chemins: je suis surpris et désolé du manque de quête de sens en danse contemporaine. Aurions-nous perdu notre chemin? Chaque année, nous mettons en place des mécanismes forts intéressants et efficaces pour améliorer l’éducation de notre public, afin de faciliter la « compréhension » de la danse. Mais les artistes qui la créent la comprennent-ils eux-mêmes?

Ce que nous cherchons par ces processus de médiation culturelle est bien sûr, le développement de public. En éduquant les spectateurs et en démystifiant la danse, on atténue les craintes de certains. C’est une bonne chose, car le côté non-rationnel de la danse peut en effaroucher plusieurs et faire émerger des complexes d’infériorité intellectuelle ou culturelle. Parce que les complexes nous placent toujours dans une situation bien inconfortable, on préfère bien souvent les éviter.

Souffririons-nous des mêmes complexes que nos spectateurs? Serait-il possible que la rigueur intellectuelle et la forme de pensée qu’exige la danse, ouverte et intuitive, nous échappent? Serait-il possible que nous tombions dans un complexe d’infériorité intellectuelle qui nous retient de trop analyser ou de trouver du sens (surtout) dans les œuvres de nos pairs ou dans les nôtres?

Même si la danse n’utilise pas de mots, elle est un véhicule de communication. Contrairement, au sport son but ultime n’est pas la performance physique, mais la capacité du corps de s’exprimer là où les mots ne suffisent pas. C’est un art fait de nuances, de sensations, de sentiments, de tout ce qui est vécu de manière irrationnelle et qui permet l’expression du monde intérieur.

Plus que jamais, les gens cherchent à donner un sens à leur vie. Pendant ce temps, nos vies sont pleines de dilemmes irrationnels et de paradoxes avec lesquels les êtres humains vivent mal. On aime mieux que les choses soient claires ou du moins compréhensibles, ce qui facilite la quête de sens que la plupart d’entre nous poursuivent.

C’est précisément le rôle des artistes. Ils explorent, ils questionnent, ils décortiquent divers aspects de nos vies pleines de ces dilemmes et paradoxes et apportent des bribes de sens. Leurs œuvres servent notre quête de sens.

Ce qui m’amène au centre de mon sujet. Les œuvres de danse ont du sens, mais ce sens n’est pas rationnel. Le monde de l’inconscient avec lequel nous frayons dans les studios est souvent irrationnel, mais est une fontaine rafraîchissante, une source vie continuelle. Explorer ce monde n’empêche pas d’utiliser la pensée, comme nous l’ont démontré à maintes reprises des philosophes, des psychologues et psychanalystes qui explorent par écrit les riches aspects de la vie intérieure irrationnelle et de l’inconscient. Par contre, développer une capacité à  penser de manière intuitive et ouverte cause de l’inconfort, car il n’y a jamais de certitude ni de conclusion irréfutable. C’est une pensée qui jongle une multitude de données : sensations, sentiments, intuition, imaginaire et symboles. Il est possible de s’y perdre très facilement et rapidement. Mais c’est une forme de pensée qui, d’après moi, est la meilleure pour trouver du sens dans les œuvres chorégraphiques.

J’ai parfois l’impression qu’on souhaite créer nos danses sans penser au sens qu’elles véhiculent. Je crois que nous préférons éviter ce terrain épineux, car la pensée est une faculté que nous utilisons peu. Peut-être est-ce parce que la forme de pensée valorisée actuellement est scientifique et doit s’appuyer sur des faits pour faire émerger une clarté sans ambigüité. Peut-être aussi que nous avons peur, comme le public, de ne pas savoir absolument, de ne pas comprendre clairement.

Devant une œuvre chorégraphique, comme devant un rêve, on se retrouve toujours avec une première impression de non-sens. Mais petit à petit, lorsqu’on se donne la peine d’y réfléchir, de se questionner, un sens émerge, qui parfois échappe même au chorégraphe et aux danseurs qui l’ont créée. Chorégraphe moi-même, j’ai souvent compris le sens caché de mes œuvres longtemps après leur création et leur présentation. Une part de mystère demeure.

Raison/logique/objectivité et imagination/intuition/subjectivité s’opposeront toujours. C’est un combat éternel, que l’humain doit résoudre en acceptant la cohabitation en lui-même de Logos et d’Éros. La danse contemporaine aime bien nourrir Éros, mais fuit généralement Logos. Elle risque d’y perdre de la richesse et de la profondeur en adoptant l’une au profit de l’autre, en refusant la tension créatrice venant de la cohabitation de ces deux énergies.

Des rumeurs circulent à l’effet qu’une institution de soutien aux arts s’apprête à réformer certains programmes pour 2016. Nous risquons de nous enfoncer toujours plus dans une logique économique et politique Apollonienne, alors que nous peinons déjà à défendre le sens caché de nos œuvres irrationnelles et intuitives.

Comment pourrons-nous défendre notre position d’artiste, si nous tardons à accepter nous même la valeur de nos œuvres pleines d’Éros? Comment arriverons-nous à résister à la vague d’œuvres numériques et technologiques qui soulignent toujours plus lourdement l’éphémérité de nos pièces? Tant que nous ne serons pas convaincus de nos rôles de révélateurs de sens, les institutions de financement publiques pourront, avec notre consentement silencieux, faire passer un agenda économique et politique, dont nous sortiront tous perdants. Lorsque la valeur de l’art est réduite à son expression monétaire, elle perd son rôle qui consiste à nourrir l’âme humaine. Faisons attention de ne pas nous laisser contaminer par ce personnage de Brel qui préfère les bonbons, aux fleurs périssables…

 

 

Hommages en série (5): De Lina Malenfant à Karsten Kroll

Voici le 5e texte d’une chaine d’hommages que les interprètes se rendent entre eux. Le principe est simple : la personne à qui l’hommage est rendu se charge d’écrire un nouveau billet sur quelqu’un qu’elle admire qui, à son tour, écrira sur l’interprète de son choix et ainsi de suite. – Fabienne Cabado, idéatrice

Qui est Karsten Kroll?

KKroll 3Pour moi Karsten Kroll est un arc-en-ciel éclatant, un mandala rayonnant,
Un regard d’une profondeur parfois abyssale,
Un tournesol toujours, toujours et toujours tourné vers le soleil,
Un corps d’homme qui déborde d’une vitalité puisée de je ne sais où,
Un cœur d’enfant sautillant et heureux de jouer dans la pluie.

Sur sa nouvelle terre d’accueil il continue sa quête du mouvement.
Ils sont toujours pleins, ses mouvements.  Plein de quoi?  Lui seul le sait.
Ses gestes quotidiens m’apparaissent chargés d’une conscience, d’un respect, ils ont une vie propre,
Il continue son chemin tel un transatlantique.  Les tempêtes se présentent, il les traverse.
Des tourments et des démons l’habitent.  Lui aussi.  Mais il tente de se faire ami avec.  Et y parvient.

Il possède une détermination hors de tout entendement, éclairé par son phare,
Il me fait le même effet que le rire d’un bébé,
Il maitrise aussi l’art de la délicatesse des mots justes et des bonnes intentions,
Il est capable d’apprécier la simple beauté d’un grain de sable, il y trouvera un sens et vous en partagera les secrets,

Si vous lui demandez pourquoi il danse; il vous dira tout  simplement qu’il aime ça.  I Just Love it!  I Love moving!  Si vous lui demandez alors pourquoi il fait parfois  un travail de modèle vivant, figé dans une fixité; il vous répondra qu’il aime ça aussi. Que derrière l’apparence de non-mouvement, il y a toute une vie à  l’intérieur.  Une vie qui circule, qui s’éclate, qui se tord, qui explose.  Toute contenue dans une enveloppe immobile le temps de quelques coups de crayons. Quelques fois débordante d’intensités ou de subtilités, selon le moment.

Mais pour tout vous dire… Karsten c’est en réalité un cœur. Oui, un vrai cœur comme dans tous les sens où on comprend le mot cœur, mais un cœur qui est en forme d’humain se mouvant avec ses appendices.  C’est ça…, Karsten, c’est un cœur-humain-dansant-vibrant-aux couleurs éclatantes-généreux et surtout vivant!   Merci, Karsten, d’être tout ça, merci d’être là.

Lina Malenfant

KKroll 5

Photo: Geneviève Picard

 

Biographie

Né à Rostock en Allemagne, Karsten Kroll a fait ses études en danse contemporaine à Hambourg (Allemagne) et Tilburg (Pays-Bas) ainsi qu’à Lierre (Belgique). Danseur, chorégraphe et professeur œuvrant à Anvers (Belgique), il auditionne pour Isabelle Van Grimde qui lui fait découvrir Montréal en 1996. Séduit par la ville, il y déménage quatre ans plus tard et il y travaille depuis avec Suzanne Miller & Allan Paivio, la Compagnie de Danse SURSAUT, Mariko Tanabe Dance Inc., AR&T CORPs de Michèle Rioux, PAR.B.L.EUX de Benoit Lachambre, Karen Barcley, Patricia Iraola, Katie Ward, David Pressault Danse et AXILE de Liliane St-Arnaud.

Hommages en série (4): De David Rancourt à Jamie Wright

Voici le 4e texte d’une chaine d’hommages que les interprètes se rendent entre eux. Le principe est simple : la personne à qui l’hommage est rendu se charge d’écrire un nouveau billet sur quelqu’un qu’elle admire qui, à son tour, écrira sur l’interprète de son choix et ainsi de suite. – Fabienne Cabado, idéatrice

 

« I won’t tell the story the way it happened but the way I remember. » [1]

Salut Jamie,

Wow, ça fait un bail que je n’ai pas écrit une lettre à une amie! J’imagine qu’il me fallait ce type d’opportunité ou de prétexte pour prendre le temps de t’écrire, prendre le temps de te célébrer, de mettre en mots le bonheur que j’ai d’être en ta présence et te laisser savoir le plaisir que j’éprouve à te voir sur scène. Cette lettre, je te l’adresse en tout respect et en toute amitié. J’espère qu’avec ces quelques lignes j’arriverai à te rendre hommage pour te remercier d’avoir su m’inspirer au fil des ans par ta pratique, ton pragmatisme, ton talent et ton engagement.

Quelle femme tu es, Jamie Wright!

Maman, danseuse, enseignante, répétitrice, coordonatrice… Tu portes les mille et un chapeaux et ils te vont tous bien.

Avant de mettre sur papier les impressions que tu m’as faites, je me suis remémoré les spectacles où je t’ai vue danser. Pour débuter, je paraphrase les mots de Fred dans Gravel Works. Ça disait quelque chose comme ça: « Nous avons construit ce spectacle pour qu’il s’adresse à vous sur différents plans : la tête, le coeur, le sexe. »

C’est comme ça que je te connais comme artiste, une artiste totale. Tu t’adresses à nous de ton entièreté.

Je repars maintenant depuis le début. Savais-tu que nous sommes tous les deux arrivés à Montréal en 1999? C’est sûrement à cause de ça que je ressens un profond attachement envers toi, une familiarité. Parce que nous sommes de la même génération de danseurs, j’ai rapidement reconnu en toi une collègue, une amie et une alliée. Je t’ai toujours sentie passionnée et ouverte au dialogue. Tes pensées, idées, opinions changent et évoluent. À tes côtés, je comprends et je confirme que nous pratiquons un art bien vivant. Petit à petit, en parallèle ou ensemble, nous façonnons la communauté dans laquelle nous évoluons. Tu me donnes confiance.

Mes souvenirs, mes élans d’admiration, le respect que je te porte et tous nos moments partagés ne seraient sans doute pas les mêmes sans notre rencontre au sein de José Navas/Compagnie Flak. Combien de fois, en studio, je t’ai laissée apprendre et réapprendre les phrasés sur vidéo parce que c’était tellement plus simple et agréable d’apprendre directement de toi. Que dire de l’unisson que nous dansions dans S alors que ta rapidité et ta clarté me poussaient à une plus grande compréhension de ce que je faisais. Quelle satisfaction j’éprouvais à la fin de ce segment d’une ou deux minutes à tes côtés! C’était comme si nous partagions le même ventre. Je comprenais physiquement et intégralement le concept d’unisson.

Comme spectateur, je me souviens de tes magnifiques grands jetés dans Adela, mi amor. Suivait, un peu plus tard dans le spectacle, un solo tout en fluidité. Ta virtuosité dans cette danse m’avait cloué sur le siège de l’Agora. Je garde aussi un souvenir de ton bref passage chez O Vertigo. C’est dans étude #3 pour cordes et poulies que j’avais à nouveau mesuré ton immense talent et ta présence remarquable. Fait à noter, il y avait cette prouesse que tu venais faire au devant de la scène; tu sais, l’équilibre avec appui sur le côté du corps et les jambes qui swinguent en l’air… Faut croire que je reste sensible à un certain athlétisme… Sur scène, je me souviens que tu t’adressais au Théâtre Maisonneuve en entier et tu repartais, dévalant le plateau comme un «électron libre». Dernièrement dans Usually Beauty Fails au Grand Théâtre de Québec tu as directement touché mon coeur. C’est sans doute parce que tu es venue m’embrasser dans la salle pendant l’entrée du public. En fait, c’est exactement pour ça. Je me sentais privilégié et, en même temps, ébahi par ta facilité à créer le lien entre la danse et la vie. Je te voyais et je me suis dit: « Elle est chez-elle, simple comme ça. »

Je constate également que, comme moi, tu accordes une grande partie de ton temps à définir l’entraînement des danseurs. Il y a quelques années, nous étions autour de la table du Comité des classes techniques au Regroupement québécois de la danse. Je trouve étonnant de penser qu’en ces temps, tu revendiquais haut et fort la classe de danse traditionnelle; pliés et tendus non négociables… Aujourd’hui au détour de nos conversations, je remarque que le ton a changé, que le propos s’est nuancé, qu’il est empreint de plusieurs réflexions et riche d’expériences. Je t’écoutais à la suite du spectacle de fin de session de l’École de danse contemporaine de Montréal. En un court instant, tu as réussi à désamorcer mes craintes concernant l’enseignement que l’on offre à nos jeunes artistes. Tu as été capable de me situer dans le contexte global et de pointer plusieurs éléments qui manquaient dans le portrait que je m’en faisais. Je suis heureux et réconforté de savoir que plusieurs jeunes talents te côtoient. Le dialogue que tu sembles établir avec eux en est un privilégié et responsabilisant.

Alors, Jamie, une fois de plus dans ce mot, je te remercie de t’être déployée sur scène (et de continuer à le faire). Ta présence m’as permis de garder en mémoire les oeuvres Adela, mi amor, étude #3 pour cordes et poulies, S’envoler, Gravel works et Usually Beauty Fails.

Je garde aussi plusieurs impressions bien vivantes de notre temps ensemble dans Anatomies et S.

Merci de ton engagement envers la communauté par ta participation à différents comités et discussions. Et merci de mettre autant d’énergie au développement de la nouvelle génération… Ta vision globale de la discipline m’émeut.

Comme je le disais par la citation au tout début, cette lettre en est une d’impressions et de souvenirs.

J’espère que tes projets présent et futur continuent de te combler et de te faire grandir.

Sincères amitiés,

David xx

« When I’m pushing through the pain, it’s like something happens in my brain. It feels so right I just can’t explain, I think my body must be insane. »[2]

 

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[1] Finnegan Bell dans le film Great Expectations d’Alfonso Cuaron, d’après le roman de Charles Dickens

[2]  Downboy (Lucie Mongrain et Jamie Wright), paroles tirées de Ballet Song de l’album Get off my leg.

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