Je ne vous laisserai jamais tranquille

Vous l’avez constaté, je suis moins active sur mon blogue depuis quelques années. Les études m’ont pris mon temps, mes ressources et mon âme. Mais je ne vous ai jamais oublié et régulièrement, je pense avec amour à ma communauté. Pas de nostalgie ici, non, je suis heureuse de ma transition et peut-être vous en reparlerai-je dans un prochain billet. Amour. Et surtout, encore, « ma » communauté. Je sens que j’en fais encore partie, même si je vogue dans des eaux ostéopathiques, boulevard Saint-Joseph.

Ce petit préambule pour vous dire que je ne vous laisserai jamais tranquille. Parce que régulièrement, je tombe sur des lectures qui m’enchantent, me désolent ou m’enflamment. Récemment, je suis tombée sur deux textes que j’ai eu envie de vous partager, parce que je continue à penser que plus les danseurs sont informés et s’investissent en dehors des studios, plus le milieu de la danse en bénéficiera.

Le premier est un texte sur les coupures faites au CALQ le jour précédent la St-Jean. Publié par Le Mammouth, l’auteur – anonyme – propose d’observer la situation culturelle sur fond de paysage socio-politique : « Ceci est l’état présent de ma colère, le résultat d’une suite interminable de gifles, de coups bas et d’amputations franches portées à l’ensemble de la société dans laquelle je vis. » Courez lire ce texte intelligent, à la plume agile.

Le deuxième texte, nous ramène à nos petites affaires de danseurs, mais reste essentiel. C’est un dossier étoffé monté par le Regroupement québécois de la danse sur la CSST. Comme interne en ostéopathie, il m’arrive de traiter régulièrement des danseurs pour des blessures chroniques ou aiguës. Je leur pose systématiquement deux questions, 1) la blessure est-elle survenue en contexte professionnel? 2) la blessure a-t-elle été déclarée à la compagnie, au médecin et à la CSST? La plupart du temps, j’obtiens un oui pour la question 1 et un non pour la question 2.

Trois choses retiennent les danseurs de déclarer leurs blessures professionnelles, selon moi. Premièrement, la pensée magique que la blessure est « normale » et qu’elle va finir par disparaître d’elle même, dans un temps raisonnable, sans impact sur la performance artistique. Deuxièmement, la peur de la perte de l’employabilité. Pour travailler, maintenir ses contrats et en obtenir de nouveaux, le danseur doit avoir un corps en santé. Si son intégrité physique est atteinte, son employabilité le sera aussi. Et puisque la plupart n’ont pour tout moyen de subsistance que la capacité de leur corps de fonctionner à plein régime, on cache, on se tait, on refuse, on fait dans le déni. Normal. Enfin, on abdique devant l’insipide processus administratif – bouffeur de temps et d’énergie – de déclaration d’incident. Ce processus implique des discussions avec l’employeur, la réceptionniste du médecin, le personnel du RQD, l’agent de la CSST. Il implique aussi des rendez-vous chez le médecin, le radiologiste, le personnel administratif de la compagnie et éventuellement chez le physiothérapeute. Il oblige de remplir des formulaires, d’autres formulaires, de les poster, les transmettre à qui de droit. Et le tout peut être alourdi par la méconnaissance des procédures à suivre: on se retrouve souvent dans la maison des fous…

Le dossier préparé par le RQD permet de diminuer la peur et l’aversion devant la démarche à effectuer. Elle en vaut la peine, cette démarche, car nous connaissons tous des danseurs qui seraient en bien mauvaise posture s’ils n’avaient pas reçu un soutien concret suite à leur blessure, qu’elle soit accidentelle et aiguë (rupture d’un tendon d’Achille ou d’un ligament croisé suite à une mauvaise chute) ou chronique (tendinite, labrum de la hanche qui se décolle et déchire tranquillement, protrusion progressive d’une hernie discale). Une fois que le dossier est ouvert, il peut littéralement vous sauver financièrement, humainement et professionnellement.

Si vous êtes aussi chorégraphe ou que vous êtes impliqués dans un projet auto-géré, vous pourrez aussi bénéficier de la lecture du dernier communiqué de l’UDA au sujet de la CSST.

J’ai terminé, pour l’instant, de ne pas vous laisser tranquille.

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