Hommages en série (4): De David Rancourt à Jamie Wright

Voici le 4e texte d’une chaine d’hommages que les interprètes se rendent entre eux. Le principe est simple : la personne à qui l’hommage est rendu se charge d’écrire un nouveau billet sur quelqu’un qu’elle admire qui, à son tour, écrira sur l’interprète de son choix et ainsi de suite. – Fabienne Cabado, idéatrice

 

« I won’t tell the story the way it happened but the way I remember. » [1]

Salut Jamie,

Wow, ça fait un bail que je n’ai pas écrit une lettre à une amie! J’imagine qu’il me fallait ce type d’opportunité ou de prétexte pour prendre le temps de t’écrire, prendre le temps de te célébrer, de mettre en mots le bonheur que j’ai d’être en ta présence et te laisser savoir le plaisir que j’éprouve à te voir sur scène. Cette lettre, je te l’adresse en tout respect et en toute amitié. J’espère qu’avec ces quelques lignes j’arriverai à te rendre hommage pour te remercier d’avoir su m’inspirer au fil des ans par ta pratique, ton pragmatisme, ton talent et ton engagement.

Quelle femme tu es, Jamie Wright!

Maman, danseuse, enseignante, répétitrice, coordonatrice… Tu portes les mille et un chapeaux et ils te vont tous bien.

Avant de mettre sur papier les impressions que tu m’as faites, je me suis remémoré les spectacles où je t’ai vue danser. Pour débuter, je paraphrase les mots de Fred dans Gravel Works. Ça disait quelque chose comme ça: « Nous avons construit ce spectacle pour qu’il s’adresse à vous sur différents plans : la tête, le coeur, le sexe. »

C’est comme ça que je te connais comme artiste, une artiste totale. Tu t’adresses à nous de ton entièreté.

Je repars maintenant depuis le début. Savais-tu que nous sommes tous les deux arrivés à Montréal en 1999? C’est sûrement à cause de ça que je ressens un profond attachement envers toi, une familiarité. Parce que nous sommes de la même génération de danseurs, j’ai rapidement reconnu en toi une collègue, une amie et une alliée. Je t’ai toujours sentie passionnée et ouverte au dialogue. Tes pensées, idées, opinions changent et évoluent. À tes côtés, je comprends et je confirme que nous pratiquons un art bien vivant. Petit à petit, en parallèle ou ensemble, nous façonnons la communauté dans laquelle nous évoluons. Tu me donnes confiance.

Mes souvenirs, mes élans d’admiration, le respect que je te porte et tous nos moments partagés ne seraient sans doute pas les mêmes sans notre rencontre au sein de José Navas/Compagnie Flak. Combien de fois, en studio, je t’ai laissée apprendre et réapprendre les phrasés sur vidéo parce que c’était tellement plus simple et agréable d’apprendre directement de toi. Que dire de l’unisson que nous dansions dans S alors que ta rapidité et ta clarté me poussaient à une plus grande compréhension de ce que je faisais. Quelle satisfaction j’éprouvais à la fin de ce segment d’une ou deux minutes à tes côtés! C’était comme si nous partagions le même ventre. Je comprenais physiquement et intégralement le concept d’unisson.

Comme spectateur, je me souviens de tes magnifiques grands jetés dans Adela, mi amor. Suivait, un peu plus tard dans le spectacle, un solo tout en fluidité. Ta virtuosité dans cette danse m’avait cloué sur le siège de l’Agora. Je garde aussi un souvenir de ton bref passage chez O Vertigo. C’est dans étude #3 pour cordes et poulies que j’avais à nouveau mesuré ton immense talent et ta présence remarquable. Fait à noter, il y avait cette prouesse que tu venais faire au devant de la scène; tu sais, l’équilibre avec appui sur le côté du corps et les jambes qui swinguent en l’air… Faut croire que je reste sensible à un certain athlétisme… Sur scène, je me souviens que tu t’adressais au Théâtre Maisonneuve en entier et tu repartais, dévalant le plateau comme un «électron libre». Dernièrement dans Usually Beauty Fails au Grand Théâtre de Québec tu as directement touché mon coeur. C’est sans doute parce que tu es venue m’embrasser dans la salle pendant l’entrée du public. En fait, c’est exactement pour ça. Je me sentais privilégié et, en même temps, ébahi par ta facilité à créer le lien entre la danse et la vie. Je te voyais et je me suis dit: « Elle est chez-elle, simple comme ça. »

Je constate également que, comme moi, tu accordes une grande partie de ton temps à définir l’entraînement des danseurs. Il y a quelques années, nous étions autour de la table du Comité des classes techniques au Regroupement québécois de la danse. Je trouve étonnant de penser qu’en ces temps, tu revendiquais haut et fort la classe de danse traditionnelle; pliés et tendus non négociables… Aujourd’hui au détour de nos conversations, je remarque que le ton a changé, que le propos s’est nuancé, qu’il est empreint de plusieurs réflexions et riche d’expériences. Je t’écoutais à la suite du spectacle de fin de session de l’École de danse contemporaine de Montréal. En un court instant, tu as réussi à désamorcer mes craintes concernant l’enseignement que l’on offre à nos jeunes artistes. Tu as été capable de me situer dans le contexte global et de pointer plusieurs éléments qui manquaient dans le portrait que je m’en faisais. Je suis heureux et réconforté de savoir que plusieurs jeunes talents te côtoient. Le dialogue que tu sembles établir avec eux en est un privilégié et responsabilisant.

Alors, Jamie, une fois de plus dans ce mot, je te remercie de t’être déployée sur scène (et de continuer à le faire). Ta présence m’as permis de garder en mémoire les oeuvres Adela, mi amor, étude #3 pour cordes et poulies, S’envoler, Gravel works et Usually Beauty Fails.

Je garde aussi plusieurs impressions bien vivantes de notre temps ensemble dans Anatomies et S.

Merci de ton engagement envers la communauté par ta participation à différents comités et discussions. Et merci de mettre autant d’énergie au développement de la nouvelle génération… Ta vision globale de la discipline m’émeut.

Comme je le disais par la citation au tout début, cette lettre en est une d’impressions et de souvenirs.

J’espère que tes projets présent et futur continuent de te combler et de te faire grandir.

Sincères amitiés,

David xx

« When I’m pushing through the pain, it’s like something happens in my brain. It feels so right I just can’t explain, I think my body must be insane. »[2]

 

___

[1] Finnegan Bell dans le film Great Expectations d’Alfonso Cuaron, d’après le roman de Charles Dickens

[2]  Downboy (Lucie Mongrain et Jamie Wright), paroles tirées de Ballet Song de l’album Get off my leg.

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