Des citrons et des tomates

Ivanie Aubin-Malo │ Kimberly Bittner Quinn│Élise Boileau│Jossua Collin Dufour│Anne Cormerais│Félix Cossette-Levasseur│Jessica Côté│Christine Daigle│Stacey Désilier│Myriam Foisy│Vickie Grondin│Jean-Benoit Labrecque│Jean-Olivier Nadon│Audréa Page│Hélène Remoué│Frédérique Rodier│Vicky S. Mérette

Ce sont les noms de 17 nouveaux danseurs qui arrivent dans le milieu professionnel en ce mois de mai 2014 et qui ont présenté la semaine dernière leur spectacle de fin de formation. 3 ans d’efforts, 3 ans à suer, à souffrir, à exulter, 3 ans à se reconstruire, à devenir danseurs.

Prix citron

Pourtant, je dois malheureusement décerner un prix citron à l’École de danse contemporaine… Dans la publicité relayée par plusieurs sur Facebook, on y lit le nom des chorégraphes de ces « Danses de Mai », Marc Boivin, Noam Gagnon, Sasha Kleiplatz, ainsi que celui de la directrice artistique Lucie Boissinot. Les noms des danseurs sont absents.

Danses de mai 2014

Ceci nous ramène (encore) à 3 constatations

1- La profession de danseur interprète est encore trop faiblement valorisée. Cette constatation est d’autant plus vive qu’elle est soulignée par ce choix publicitaire d’une école dont la vocation est précisément de faire la promotion des danseurs qu’elle forme. Les écoles sont toutes à la recherche de reconnaissance, elles évoluent dans un monde de performance et très compétitif. Il est essentiel qu’elles prouvent sans cesse leur qualité et leur pertinence. C’est pourquoi ces institutions devraient devenir leaders dans l’établissement des normes publicitaires et promotionnelles faites autours des danseurs.

2- Il existe un débalancement de pouvoir entre les danseurs et les chorégraphes. Les chorégraphes sont considérés comme des artistes à part entière et pas les danseurs. (Attention, ce n’est pas parce qu’on le constate douloureusement, que c’est la vérité!). Les chorégraphes ont une voix (ils parlent de leurs choix artistiques, de leur création) et ont une existence (on les nomme). Les danseurs sont absents, muets. Ils ne pèsent pas lourd dans la balance.

3- Le milieu de la danse ne sait toujours pas comment valoriser son « produit ». Personne n’achète une boite en carton avec le mot « Adidas » dessus, sans savoir ce qu’il y a DANS la boîte. Est-ce un manteau? Des chaussures? Des lunettes? Une montre? Je veux savoir que Christine Daigle et que Jossua Collin Dufour dansent dans le spectacle. Je les ai déjà vus danser et je les trouve fabuleux. Les chorégraphes ont eu environ 30 heures pour monter leur chorégraphie et on sait tous que ce ne sont pas des œuvres achevées, même si elles sont généralement d’une grande qualité. Les danseurs, par contre, ont travaillé 3 ans pour en arriver là. C’est le fruit de 3 ANS DE TRAVAIL. Faites l’équation : 3 ans / 30 heures.

Bémol

On se console un peu en lisant le communiqué sur le site de l’École  qui mentionne le nom des 17 finissants… après la description des pièces, la présentation des compositeurs et les informations de billetterie.

On se console encore en allant consulter le porte-folio de cette promotion 2014.

Décidément, il reste du travail à faire…

Et vous gagez combien que je vais encore me faire lancer des tomates d’ici 48 heures?

9 réflexions sur “Des citrons et des tomates

  1. Simon Gélinas Beauregard dit :

    Les noms sont des interprètes sont visibles sur la vraie affiche et aussi sur l’événement FB dans la description. La photo montrée dans l’article de ledanseurnepesepaslourd.com est celle de l’infolettre, ou tous les noms sont aussi écrits dans l’article qui y est accolé.

    Je comprends et soutiens le combat de Catherine Viau, tout à son honneur, mais là je crois qu’il y a du zèle…Ceci étant dit, si en effet le but de l’école est de mettre les interprètes en valeur, je suis daccord pour qu’on écrive leurs noms AVANT celui des chorégraphes et des autres collaborateurs, valorisant ainsi la cohorte et non les oeuvres.

    S

    • Bonjour Simon, j’ai bien fait attention en effet de ne pas parler de la publicité en général, puisque je n’ai pas vu les affiches. Malgré le prix citron, je n’ai pas fait de zèle, en reconnaissant l’effort qui a été fait sur le communiqué de presse ainsi que sur le porte folio. Je sais maintenant, comme tu le soulignes, que les noms sont affichés sur l’événement FB.

      Mais tu vois, moi qui ne suis pas allé visiter la page de l’événement, je n’ai été en contact qu’avec cette publicité que j’affiche dans le post. Elle a circulé abondemment sur les profils de plusieurs de mes contacts FB, sans aucune autre info. Donc, l’image qui me parvient, c’est que les noms n’y sont pas. On parle ici de publicité, de visibilité. C’est ce que je critique. Qu’il y ait des véhicules publicitaires qui rejoignent les gens et qui n’affichent pas le nom des danseurs.

      J’ai déjà eu cette discussion avec le FTA il y a 5 ans. Je leur avait reproché d’avoir envoyé de la publicité par email qui ne contenait pas le nom des artistes. On pouvait trouver tous les crédits sur leur site, mais pas dans celle que j’avais reçu. Et quand j’ai fait la remarque sur mon blogue, j’ai eu droit à une très vive (pour le dire gentiment) réaction…

      Tu pourrais garder l’idée que c’est du zèle (et plusieurs pensent sans doute comme toi) et alors je te répondrai qu’il faut faire ce genre de zèle. Il faut être les chiens de garde du milieu, nous les danseurs. Il y a assez de gens qui nous oublient constamment. Dans les programmes, dans les pubs, dans les remerciements, dans les crédits (« interprète » au lieu de « collaborateur à la création »), dans les organismes subventionneurs (à peine 10% des jurys sont constitués de danseurs), dans les tables rondes (où on invite chorégraphes, enseignants, professeurs, journalistes, mais trop peu souvent des danseurs). Ne te méprends pas Simon, on va rester dans l’ombre tant qu’on ne sera pas assez vociférants.

      Quand même heureuse de voir que tu approuves l’idée de mettre de l’avant le nom des danseurs avant celui des chorégraphes dans ce contexte😉
      Merci pour la première tomate.

      • Simon Gélinas Beauregard dit :

        Bonjour Catherine,

        c’est intéressant, j’en ai parlé avec un ami et il a soutenu la même opinion, c’est-à-dire que lorsque un déséquilibre de pouvoir est trop important, le zèle a pour fonction de faire entendre et de brasser les idées. Ramener le discours sur un tel élément X parce que la pensée dominante aime bien parler plutôt d’élément Z, et surtout pas de X…en évitant le sujet et en recentrant la discussion à son avantage. Si c’est ça que ça prend, peut-être bien.

        Ce n’était pas une tomate: ce n’était même pas un fruit, juste une note! 🙂

        A+

        S

      • On mettra des boccocinis, du basilic et on se fera une salade Simon. Au plaisir de discuter plus amplement avec toi de vive voix et heureuse de voir que tu t’impliques à fond dans la discussion. C’est précieux!

  2. Bonjour,
    Loin de moi l’idée de vouloir lancer des tomates, ce n’est pas dans l’esprit de la maison. Toutefois, à titre de responsable des communications de l’École de danse contemporaine de Montréal, j’aimerais rectifier certaines informations et préciser les intentions que l’on prête à l’École dans cette publication.
    À cœur de jour – et comme vous le soulignez dans votre article – pendant 3 ans, nous sommes témoins des efforts, de l’engagement, du courage de la soixantaine d’étudiants danseurs en formation qui ont fait le choix audacieux de cette discipline.
    Dans la très, très, très grande majorité de nos communications, les noms des danseurs sont mentionnés, car nous sommes plus que soucieux du crédit qu’ils méritent et qu’ils doivent recevoir. Mais il arrive que, pour certaines considérations techniques et pratiques, nous ne puissions mettre les noms des 17 danseurs, ou dans le cas des Danses à deux temps, le spectacle des 1re et 2e année, les noms des 32 danseurs sur un bandeau promotionnel de 560 X 400 pixels. Le bandeau dont vous faites mention sur Facebook a été relayé par les danseurs eux-mêmes, mais si vous vous donnez la peine de faire le tour des publications et outils promotionnels émis par l’École, vous remarquerez que le bandeau que vous avez vu circuler fait figure d’exception. Vous retrouverez ainsi les noms des danseurs partout : sur les affiches de spectacle, les événements Facebook (identifiés, et dans la photo, et dans le texte descriptif), les publications de la page Facebook de l’École, le communiqué, le site web, l’infolettre.
    Je pense qu’il est essentiel de mettre aussi ces éléments en perspective pour que vos lecteurs puissent se faire une opinion éclairée. Merci.

    • Excellente réponse Marie-Pier, merci de ces précisions.

      Je connais bien les considérations pratiques (manque de place, manque de temps, trop de noms, choix de graphisme) ainsi que les explications concernant la juste représentation des danseurs sur la « très, très, très grande majorité » des communications. J’ai entendu ce discours à chaque fois que j’ai écrit sur ce blogue pour dénoncer cette forme d’anonymat dans laquelle on tient les danseurs.

      Je remarque simplement que jamais on n’oublie/fait le choix de ne pas mettre le nom d’un chorégraphe ou le logo d’une compagnie. Je remarque aussi que les danseurs qui relaient une publicité qui n’affiche pas leurs noms sont complices d’un système plus profondément ancré que l’on ne veut croire.

      Mes interventions n’ont pas pour but de critiquer l’excellent travail des organismes de création, d’enseignement et de ceux qui y travaillent. Mes interventions ont pour but de nous réveiller collectivement à une situation qui a toujours existé. Et encore une fois, je référerai tous les lecteurs de votre commentaire et de cette réponse au texte de David Pressault « Why we forget » publié sur ce blogue. Because we keep forgetting.

      Merci pour l’abstention du lancer de la tomate!

  3. Ok, at first I wasn’t going to write something because I felt like anything I wrote would sound like a justification or an excuse, or a rationalization of the lack of respect and recognition for the work of dancers. But the fact is I was a choreographer on this show and I have a vested interest in the dance community of Montreal. Here’s what I can tell you: I have never seen someone show as much love and respect for dancers as Lucie Boissinault, and the rest of the team at EDCMTL. They are advocates and champions of dancers. EDCMTL not only supports dancers in their education but also hires and pays dancers a living wage as teachers, administrators, and choreographers after they graduate. There are companies, educational institutions, and organizations that consistantly commit far worse grievances against dancers than not publishing their name in advertising, and they do this constantly and with impunity. For me, calling out a school that supports and fights for dancers every step of the way is a problematic use of an important platform.

    • Point taken.
      Mais tu ramènes la critique que je fais à Lucie Boissinot personnellement alors que ce n’est pas ma visée. De plus, ce n’est pas parce que le travail est archarné et l’amour est immense qu’il n’y a pas matière à critique. That is exactly the problem actually. We are so caught into « universal love » and what I call « fake compassion » (fake because it’s covering up our dark feelings of competition and anger) that we can’t stand when someone is raising a concern, a critic or is trying to bring the attention outside of the obvious « love and respect ». We try to shut the opposition voice with shame. Especially if it comes from a dancer.
      So,no, I don’t think I’m making a problematic use of this plateform.

  4. Sonya In The US dit :

    J’adore ces articles, ils me font réfléchir beaucoup… et maintenant ça me fait penser: danse contemporaine et classique, ce sont des artistes extraordinaires, il y a des batailles a faire pour qu’ils soient reconnus, pour qu’il y ait un statut pour eux, mais moi qui fait de la danse de couple (salsa auparavant, west coast swing présentement), pourquoi suis-je obligée de m’exiler pour avoir de la valeur et bien vivre de mon art? Pourquoi aie-je toujours fait le dixième du salaire que je fais maintenant en travaillant à Montréal? Pourquoi aie-je eu de la difficulté a avoir accès aux privilèges des professionnels de la danse en matière de formation à part de la part de ceux qui me connaissent? Pourquoi aie-je l’impression d’être une voie unique et j’ose écrire pour la première fois maintenant que je suis exilée et saoulé dans le bain moussant d’un Bed ans Breakfast? J’espère que mon message aura du sens quand je le relirai demain matin…😉

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