Improviser à part entière

Stamos photo Susan Moss

Dans un texte publié récemment sur le site du Dance Current, George Stamos, improvisateur, danseur et chorégraphe, se questionne sur la place de l’improvisation dans la formation des danseurs professionnels et comme outil primaire de composition chorégraphique.

Dans son article, Stamos constate que l’improvisation est largement sous estimée au sein des écoles canadiennes. Selon ses observations, l’improvisation semble être enseignée ponctuellement, mais non sur une base régulière, comme par exemple la classe technique quotidienne. Dans le texte, l’improvisateur et chorégraphe de l’instant Andrew Harwood témoigne en ce sens: “ Much to my own dismay, you are correct in saying that improvisation is undervalued in most of the training that young dance professionals receive in Canada. Most training programs are perhaps behind the times and do not yet recognize the implicit value of the various approaches to improvisational techniques, aesthetics and forms which feed directly into preparing young students for the worldwide market as dancers, creators, directors.”

Pourtant de nos jours, le danseur doit être à la fois un excellent technicien et un improvisateur outillé s’il veut accéder rapidement au marché du travail. Stamos souligne que l’improvisation est encore perçue par les institutions d’enseignement comme une activité créative plutôt qu’une pratique rigoureuse, malgré le fait que le travail chorégraphique de nombreuses compagnies internationales et canadiennes repose lourdement sur des pratiques « improvisatoires ». Il écrit: “The effectiveness of inviting elements of improvisation, even in small amounts, into live performance has contributed to the success of many acclaimed companies including Companie Marie Chouinard, Batsheva Danse, Damaged Goods and the work of William Forsythe, to name just a few.”

Stamos remarque que plusieurs danseurs recherchent les approches chorégraphiques qui font appel à leurs compétences d’improvisateurs : “Improvisation offers freedom of choice and more responsibility as a result – it can be a way to move away from archaic ideas of the dancer as solely an abstract, mute object, or raw material for the choreographer to blow life into. As the milieu does not automatically credit dancers as “collaborators” and therefore diminishes their artistic practice, the inclusion of improvisation in a project can also be a way to highlight the dance’s creative practice. To not acknowledge that dancers are collaborators (whether they improvise or not) is deeply problematic at best and, at worst, outright deceptive.”

Les réflexions de Stamos confirment l’intuition que je porte depuis plusieurs années et qui m’ont amenées à lancer ce blogue. Malgré la bonne volonté individuelle d’une majeure partie des acteurs du milieu de la danse, profondément reste ancrée l’idée que les danseurs sont des artistes de second ordre. Pourtant, les oeuvres se transforment et obligent une modification de notre manière de percevoir les danseurs. Stamos écrit : “ I have found that engaging performance is more about the artists on stage knowing what they are doing in great detail, and less about whether or not it is completely choreographed or improvised.”

C’est peut-être pour cette raison – inconsciente! – que l’improvisation reste marginale au sein des écoles de formations. Car donner l’occasion aux danseurs de se développer pleinement via l’improvisation, c’est accepter qu’il faudra leur remettre également plus de reconnaissance, de visibilité et de pouvoir.

Pour lire l’article complet cliquez sur ce lien.

Photo: Susan Moss

3 réflexions sur “Improviser à part entière

  1. Sarah Bild dit :

    Enfin, le sujet de l’improvisation est soulevé! C’est LA pratique qui donne du pouvoir au danseur. L’ Action Theater, la technique d’improvisation à laquelle je suis dévouée depuis 10 ans maintenant, éveille une créativité complète chez le danseur, autant au niveau du corps qu’au niveau de la voix et de la parole. Les danseurs qui y sont initiés, reconnaissent tout de suite l’ancrage qu’une telle pratique peut leur donner non seulement dans notre pratique physique mais dans notre imaginaire et dans la façon que nous choisissons d’habiter chaque moment dansé. Je suis d’accord avec Georges et Andrew que l’improvisation n’est pas assez intégrée de façon rigoureuse et constante dans les programmes de formation en danse, tandis que ce serait un moyen très positif et efficace de former des jeunes danseurs créatifs avec une identité d’artiste à part entière.

  2. Sophie Michaud dit :

    Cohérence et pertinence de ces propos. La réflexion évolue et donne lieu à ces questions qui érodent les vieilles pensées …Et les actions ? Elles émergent ici et là mais elles ont besoin de ce temps que souvent nous trouvons trop lent, trop long…

  3. Johanna Bienaise dit :

    Merci Catherine d’avoir mis en lumière cet article qui pose un problème de fond sur la formation du danseur mais également sur l’ensemble de l’écosystème de la danse. Reconnaitre la place de l’improvisation dans le travail du danseur et l’intégrer dans les formations pré-professionnelles, c’est déjà placer le danseur comme un agent essentiel dans le renouvellement des pratiques chorégraphiques de demain, lui donnant dès le départ une conscience de son autonomie, de sa responsabilité, de son engagement, de sa créativité dans le milieu professionnel.
    Simultanément au processus de Knowing Not Knowing avec George et Owen, j’ai intégré des éléments d’improvisation dans mes classes d’entrainement données à la maitrise en danse. Cette expérience, nourrie des discussions avec les étudiantes, m’a permise de créer un laboratoire au sein même de la classe d’entrainement du danseur ouvrant ainsi une réflexion sur notre représentation de la « technique » aujourd’hui. Car là est encore le problème: comment nous la percevons, l’imaginons, la fantasmons. Qu’attendons-nous des danseurs aujourd’hui? Comme le mentionne Sophie Michaud, du temps sera nécessaire, car c’est au niveau de notre imaginaire que le travail devra avoir lieu. Mais j’ai le désir et la certitude que ce changement se fera, lentement mais sûrement.

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