Confidences

Mardi prochain, j’entamerai ma deuxième année d’études en ostéopathie et ma dix-septième saison comme danseuse. C’est une étrange sensation : partagée entre les rôles d’étudiante et d’artiste professionnelle, j’ai de la difficulté à me définir. Suis-je étudiante? Suis-je artiste? Que pense-t-on de moi? Suis-je entrain d’effectuer mes derniers tours de piste comme on l’a écrit récemment? Moins imbibée de danse, suis-je toujours amoureuse d’elle? Ai-je besoin d’entretenir la flamme?

Mettre de la distance entre une chose et soi-même force un regard plus critique. Mais ce qu’on gagne en perspective, on le perd en fougue et passion. Deux qualités essentielles pour danser longtemps.

Je me suis souvent demandé si j’étais une « vraie » artiste. Il me semble que pour porter l’étiquette, il faut être abandonné, heureux de nager dans un univers onirique à la limite de l’absurde, prêt à embrasser l’inconnu et à maintenir le mystère.

Je n’aime pas les choses floues, mal articulées. Je n’aime pas le nébuleux, le pas clair, le trop mystérieux. Ça me rend impatiente. J’ai du mal à ne pas savoir où je vais, ce qui est précisément le cas en création. Au secondaire, les tests de personnalités qu’on nous faisait passer pour nous aider dans nos choix de carrière me donnaient « social », « littéraire », « entrepreneur », mais pas « artistique ». Je souriais en coin et soulevais les épaules en trouvant le tout un peu débile. Avec le recul, après l’enseignement, le blogue, le stage TransFormation, la syndicalisation, je me dis qu’après tout, mes résultats n’étaient pas complètement faux!

Je me suis toujours sentie un peu extra-terrestre dans le milieu de la danse. Je suis allée à Pierre-Laporte, puis à LADMMI parce qu’on me disait que j’étais bonne, que j’avais du potentiel. Puis, à force, je suis tombée amoureuse de la danse, peut-être 3 ou 4 ans après la fin de ma formation à LADMMI. Danser me permettait de toucher à des zones de la vie, à des recoins de mon âme que je n’aurais peut-être jamais explorés sinon. Danser m’a permis de développer l’appendice, le faible, le sombre, le rabougri.

Pendant des années, j’ai entretenu un combat envers mes forces naturelles. J’étais trop précise, trop technique, pas assez sensible, pas assez créative. Et plus les critiques affluaient (pas toujours constructives, ni diplomates) plus je me battais contre moi-même, ce qui n’améliorait rien. Et puis j’ai lâché prise, j’ai abandonné. J’ai mis tous mes œufs dans le même panier : la kinesthésie. Par là je pouvais marier mes forces et les attentes de mes employeurs. Et petit à petit, la porte s’est ouverte et des ressources insoupçonnées se sont présentées.

Je me sens comme un forgeron. Le danseur forge son corps, mais son âme aussi, son esprit, grâce au feu de la création. Le processus alchimique prend des années à se faire, et quand il se fait, on en sort complètement transformé. D’autres vivent ces transformations par la mort, la maladie, la naissance, la trahison, l’amour. Pour moi, c’est la danse, ce cheval fougueux que j’ai décidé de monter à 16 ans, sans savoir si j’arriverais à le dompter, ni s’il allait me jeter à terre et me briser les reins.

Je vous raconte tout ça parce que je ne sais pas comment descendre de cheval, ni si je dois le faire. Je ne sais pas comment dire j’arrête. Je ne sais pas comment me résoudre à signer le contrat du CRTD pour obtenir la grosse bourse d’études en échange de ma promesse de ne plus aller sur scène. Je ne sais pas comment faire assez de place en moi pour aimer autre chose autant que j’aime la danse.

Alors pour l’instant, j’étudie et je danse tout à la fois. On verra bien.

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7 réflexions sur “Confidences

  1. pwezidol dit :

    Difficile de dire grand chose à propos de vos choix. Il me semble qu’ils sont déjà faits.
    Et sur des critères qui me semblent aussi bons que d’autres.

    Non ce qui m’intéresse vraiment dans votre confession c’est ce que vous dites d’être « artiste ».

    Il me semble qu’on n’est pas « artiste ». ça ne veut rien dire. Pas plus que d' »être comptable » d’ailleurs. Ou alors il faudrait préciser que ce n’est pas un être d’essence, mais un être d’existence ; qu’il a trait aux comportements et non aux caractères.
    On fait le comptable , on fait la danseuse – On compte ou on danse.

    En revanche on est sensible, plus ou moins à certaines choses. On est capabable, plus ou moins, de certaines choses.
    Et on est entrainée, dans votre cas, à faire certaines choses.

    Ce qui définit l’artiste c’est le but qu’il se fixe – son oeuvre, dans le cadre des arts vivants, son public aussi, du moins me semble-t-il. Et son travail, ça le travail…c’est sur qu’on est plus ou moins doué, qu’il nous faut plus ou moins de temps,
    Mais surtout on met plus ou moins de moyen.
    Ce qui compte pour un artiste n’est pas ce qu’il est, c’est ce qu’il donne. S’il a envie de donner.

    On peut donner aussi en faisant autre chose.

    • Il me semble que le mot artiste s’associe plus avec le verbe être, qu’avec le verbe faire. C’est un état, plus qu’une action. De cette manière, et c’est là que je suis d’accord avec vous, personne n’est empêché de vivre sa vie avec art, de travailler avec l’âme d’un artiste, même s’il n’est pas étiqueté comme tel.

      • pwezidol dit :

        Pour la joie de la discussion :

        ce qui est certain c’est ce que vous dites : on peut vivre avec art, ou faire ce qu’on veut avec art, et nul n’est besoin d’etre reconnu comme un artiste pour ce faire.
        Dans ce cas on sera artiste, plus ou moins comme on est beau, qu’on développe ou se met en valeur, s’apprécie pour soi mème. De cette manière on est artiste. Pas « un artiste ».

        c’est justement ce que je tâchais de vous dire : la différence entre le don de soi , qui est mouvement, don, acte – et qui s’il se matérialise dans une oeuvre est le fait d’un artiste.
        Et la recherche en soi, la culture de la sensibilité et de l’intelligence qui fait qu’on développe son coté « artiste » – ça pour tout le monde et encore plus pour l’artiste, bien sur.

        Cette nuance est importante. Elle a à voir avec le rapport qu’on a avec soi mème. Confondre l’un et l’autre conduit à se fourvoyer dans une voie qui ne nous épanouit pas ou à renoncer à quelque chose pour de mauvaises raisons.

  2. Nicole Simard dit :

    Bonjour Catherine,
    C’est mon amie Sylvie qui m’a placé votre lien de blogue. Comment vous dire ? C’est la première fois que je me sens touchée comme ça. Parce que moi aussi, je viens du milieu de la danse. J’ai même eu mon école en Gaspésie. J’ai enseigné la danse pendant une bonne dizaine d’années. J’ai 49 ans et je danse encore. Je travaille dans un tout autre domaine, j’ai un blogue moi aussi mais… la danse fait et fera toujours partie de moi. Cette année, je fais du Zumba mais l’an passé c’était le hip-hop. Je suis évidemment la plus vieille de la classe à chaque fois. Ma souplesse est partie avec les années mais le style et la technique pas du tout ! On peut vivre d’autres passions, je vous assure que c’est vrai. Maintenant l’écriture m’interpelle mais… je resterai toujours une  »danseuse » dans l’âme. La danse, c’est comme un ancien amant qui nous plaît encore lorsqu’on vieillit !!! Pas facile hein ! Vous ne serez jamais une ancienne danseuse, vous serez Catherine, la kinesthésiste-danseuse-blogueuse. Je suis bien Nicole, l’adjointe-danseuse-blogueuse-ancienne éducatrice spécialisée et mère de 3 enfants. Vous serez PLUS, jamais moins, Des entières car notre passion sera toujours vivante. Nous sommes des artistes dans l’âme et rien ne pourra nous changer. Pas le temps, ni nos métiers.
    Au plaisir,
    Nicole (Simard)
    Blogue de Nicole Simard (pour voir ma  »bette »)🙂
    nicsimard@videotron.ca

    • Stéphanie Saucier dit :

      Je te comprends dans ton ambivalence.

      J’avais choisi d’être journaliste à 15 ans. J’avais commencé à danser de façon récréative à 14 ans. À 17 ans, j’ai été refusée au Cégep de Jonquière en journalisme et m’est effleuré l’esprit d’étudier en danse au Cégep de Drummondville, réflexion que j’ai porté plusieurs mois. À 19 ans, j’ai été admise aux deux endroits convoités. J’ai finalement choisi de gagner ma vie comme journaliste, car le métier m’attirait énormément et je suis passionnée des mots. Je croyais aussi que la danse ne serait pas lucrative. Toutefois, je m’étais promise que la danse ne me quitterait jamais.

      Je suis une professionnelle dans le monde des médias depuis 2008. L’argent que j’ai gagné depuis, je l’ai investi dans les classes de ballet, de gymnastique, de jazz, de lyrique et de contemporain. Ça devenait de plus en plus vital de danser, de créer. En 2010, à 24 ans, j’ai choisi de passer les auditions d’admission à l’Université Concordia en danse contemporaine. Je commence ma 2e année demain. C’est la rentrée.

      J’ai également choisi de prendre du recul par rapport au journalisme en vue de cette prochaine année, pour me consacrer à mes études. Je veux donner le meilleur de moi-même, maintenant, dans ce qui est ma priorité présentement. J’ai réalisé que réussir un BAC et faire avancer ma carrière en même temps était trop exigeant. Par contre, je me suis promise que l’écriture et la communication ne me quitteront jamais.

      Je suis d’ailleurs à un stade où je réfléchis à la façon dont je veux pratiquer mon premier métier et intégrer le second à ma vie.

      Au bout du compte, j’ai confiance que c’est ma volonté de me dépasser dans ce qui me passionne qui déterminera la suite de mon parcours. Et j’ai deux grandes passions. C’est comme ça!

      Merci pour ta confidence🙂

  3. myriam dit :

    Bonjour Catherine,

    Le lien de ton blog est apparu sur ma page facebook. Je veux te dire que ce que tu partages dans ce texte en toute intégrité est très touchant. Ton parcours artistique illustre bien ta passion malgré ce que tu en dis et tu as su l’actualiser merveilleusement. Ce que tu portes en toi peut être multiples, le plus difficile et je le comprends est de choisir…et ce n’est que dans l’intimité avec toi-même que tu sauras distinguer le «bon moment»
    myriam

  4. Mélissandre Tremblay-Bourassa dit :

    Je comprends tes réflexions. Quand j’étais enfant, je disais que plus tard je serais ballerine-écrivaine… Le temps passe et je suis maintenant gigueuse-étudiante en communications-journaliste, ce qui ressemble pas mal à l’idée d’origine. Je suis aussi maman et j’ai des centres d’intérêts aussi variés qu’irréconciliables… Personnellement, je ne me suis jamais identifiée aux modèles unilatéraux : les profs de l’école qui ne vivaient que pour la danse et qui n’encourageaient pas les autres aspects de la vie (sociaux, familiaux, intellectuels, etc.) me répugnaient. Je préférais ceux qui nous invitaient à nous ouvrir à toutes les possibilités de la vie. Je n’ai jamais eu l’intention d’être mariée à mes pointes ou de mourir en 5e position dans mon cercueil, si tu vois ce que je veux dire. Certes, il est difficile de maintenir un équilibre entre toutes ces facettes de moi que je souhaite réaliser, je manque toujours de temps, je pourrais m’entraîner plus et j’aimerais avoir 12 vies pour tout faire. Je me pose aussi des questions sur la véritable et utopique compatibilité de la vie familiale avec le métier de danseuse. D’un autre côté, je me sens chanceuse de pouvoir vivre toutes ces vies, de me reconnaître dans toutes ces définitions, et de plus je trouve que cela peut m’enrichir en tant qu’artiste. L’artiste dévoué qui consacre tout à son art et n’a pas d’autres occupations n’est qu’un modèle parmi d’autres. J’ose croire qu’il y a de la place pour autre chose et qu’il est possible de vivre sa passion différemment (sinon je suis dans la m…!). Moi, en tout cas, je suis bien contente que des gens comme toi sortent du studio et de la scène pour combiner leurs aptitudes et intérêts en créant des blogues de ce genre!

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