Brève épiphanie

On le sait ou on le saura tôt ou tard : il est pénible d’arrêter de danser ou de ralentir la cadence de l’entraînement, des répétitions, des spectacles.

Mais pas parce qu’on est moins dans la lumière, sur la scène, sur la ligne de front, applaudit et admiré.

Plutôt parce qu’on constate que le corps décline à une vitesse fulgurante, que le raffinement du geste se perd, que la vivacité, l’adresse et l’endurance s’estompent.

Surtout parce que jusque là, on avait su éviter de vieillir. Et parce que contrairement à ceux qui ne dansent pas, on ne l’avait pas vu venir.

Bang.


3 réflexions sur “Brève épiphanie

  1. humanplayground dit :

    Touchant !

  2. Michel F Côté dit :

    À PROPOS DU DÉCLIN ET DE L’ÉVITEMENT

    Catherine, puis-je exprimer un doute? Non pas sur votre sentiment, et encore moins concernant le choc transitoire ressenti par tout interprète qui ralentit la cadence en vue d’une cessation, bien sûr que non.
    J’insiste: je ne doute pas davantage de ce «bang» qui termine votre brève épiphanie.

    Ma gêne dubitative concerne plutôt cette vision semi-sportive que vous exprimez malgré tout (ou malgré vous?) dans les mots choisis pour illustrer ce soudain déclin du corps suite au ralentissement des activités professionnelles: perte de raffinement du geste, de la vivacité, de l’adresse, et de l’endurance.
    N’avez-vous jamais vu Kasuo Ohno qui, vieillard, dansait encore?
    J’ai eu ce bonheur intense et bouleversant de le voir danser à 94 ans: raffinement de la poétique gestuelle, grâce de l’intensité physique, adresse de l’âme, et présence hors du commun (la question de l’endurance étant ici joliment hors de propos). Jamais depuis je n’ai assisté à une telle virtuosité sur scène (et Ohno répétait à l’époque qu’il avait cessé tout entraînement 40 ans plus tôt…).

    Dans la vie comme en art, ne croyez-vous pas que la seule virtuosité nécessaire est celle de l’âme; le reste n’étant qu’une affaire de gymnaste?

    Ne serait-il pas heureux d’imaginer l’art chorégraphique autrement que par le prisme réducteur de la maestria «cardiomusculaire»? Je demeurerai à jamais interloqué par cette misérable tendance de la danse à n’offrir en moyenne qu’une quinzaine d’années à ses interprètes pour développer l’infini registre de l’élégance expressive… Comme si l’art chorégraphique reposait sur les mêmes exigences que celles du hockey… En musique nous comptons possiblement sur une cinquantaine d’années, et pas une seule n’est de trop. Évidemment, vous rétorquerez que les enjeux physiques de l’art chorégraphique ne sont pas les mêmes que ceux de l’art musical, et qu’un corps a ses raisons, qu’il s’use, qu’il se blesse, et qu’il s’épuise. Je vous écoute et j’imagine sans gêne la litanie des blessures. Mais l’accumulation des cicatrices n’est certainement pas le motif central de carrières si courtes, et je doute que l’aube de la quarantaine soit illico chez tous un synonyme d’une fatigue du corps ou d’un désir de cessation.

    Vous écrivez: «Surtout parce que jusque-là, on avait su éviter de vieillir. Et parce que contrairement à ceux qui ne dansent pas, on ne l’avait pas vu venir.» Phrases qui nous indiquent, si besoin est, que l’âgisme demeure un étrange problème au sein de l’art chorégraphique. Dommage, il y a tant de remarquables interprètes qui ne dansent plus parce qu’on ne les invite plus, ou d’autres encore qu’on ne voit plus parce qu’un jour on les a humiliés en les remerciant cavalièrement.
    Interprètes, il y a des chorégraphes que vous devriez foutre à la porte, tellement leur jeunisme (culte des valeurs exclusivement liées à la jeunesse − beauté plastique, performance physique, naïveté manipulable) est ostentatoire et nuisible à votre art. Nombreux sont ces chorégraphes aux molles habitudes, incapables de voir autre chose qu’un corps post-pubère s’évertuer à rendre les quelques manigances mobiles qu’ils ont péniblement imaginées…
    Mais débarrassez-vous-en!
    Où sont donc les chorégraphes intellectuellement matures, ces justes opportunistes, artistes inventeurs capables de se défaire du réflexe jeuniste? Là réside la somptuosité chorégraphique: s’offrir l’expertise d’un interprète mature, le cueillir au bon moment, bref, se permettre l’enchantement d’un vis-à-vis avec l’alter ego interprète.

    Je m’emporte… Revenons au cœur du sujet: il fallait également voir cette dame africaine sur une scène de Bamako qui, a plus de 70 ans, nous avait tous sidéré par sa vertigineuse transe chorégraphique spontanée, sorte d’apparition endiablée qui reléguait les prouesses cardiovasculaires de la jeunesse glabre dans la grande salle d’attente des maturités en devenir.
    Dois-je vous offrir d’autres exemples?

    Ceci exprimé, madame Viau, s’il vous plaît, ne doutez pas trop de vos ressources et du raffinement de votre geste: il ne s’est pas perdu, je demeure même convaincu qu’il est à son pinacle.
    Vous avez toute mon admiration; puissiez-vous encore longtemps nous ensorceller sur scène.

    Michel F Côté, musicien et compositeur

  3. Andrea Hawkes dit :

    Merci M. Côté de ce précieux commentaire.
    J’espère qu’il passera à l’histoire de nos conditionnements sur la « danse 2011 », de l’idée qu’on se fait de celle-ci, et de ce sur quoi elle nous mène.
    Je me sens aigri lorsque je me fait le commentaire intérieur qu’il fallait qu’un personnage « hors » danse nous rappelle doucement à la grande question « qui est derrière cette image de danseur/se? »
    Je suis totalement d’accord de mettre des chorégraphes à la porte… Faudrait-il remettre en question cette co-dépendance?!
    Et la co-dépendance continue peut-être vers le CAC?
    « Who’s Money? » et « Who’s who? »
    C’est une révolution que vous nous proposez M. Côté?🙂

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