Confessions d’une répétitrice (2)

Ce deuxième témoignage  nous est offert par Ginelle Chagnon, répétitrice d’expérience et complice de longue date de chorégraphes comme Jean-Pierre Perrault, Paul-André Fortier et Sylvain Émard. Ginelle nous parle ici de Louise Bédard. Par ce texte, elle nous propose également une réflexion sur le lien intime qui se crée entre le danseur et le spectateur. Selon moi, un bel outil de réflexion pour tous, amateurs comme spécialistes!

Pour plus d’infos sur Louise, vous pouvez aller sur le site de sa compagnie ou directement sur Wikipédia

Un jour j’ai vu Louise Bédard danser du Ginette Laurin (1985?)  et je suis restée bouche bée.  Elle semblait révéler une dimension de l’être humain que je ne connaissait pas.  Pourtant, la danse faisait alors partie de ma vie depuis déjà une vingtaine d’année.  Je n’ai pas depuis rencontré un/une danseuse qui puisse accéder à cette même zone trouble de la danse, cette endroit où le réel et l’imaginaire se rencontrent, ou le corps, l’âme et l’espace sont en relation intrinsèque.  Car Louise pour mon regard, accède à cette zone d’interprétation.

Par la suite j’ai revue danser Louise pour Jean-Pierre Perreault et  Sylvain Émard  ainsi que dans son propre travail chorégraphique et à chaque fois la fascination est restée la même.  De quoi s’agit-il?  Pourquoi cette présence dansée altère mon pouls, interrompt ma respiration et ma capacité de réfléchir?

Je pourrais nommer quelques interprètes exceptionnels avec qui j’ai ou non travaillé mais nul ne m’a autant fasciné que Louise Bédard.

J’ai été très touchée d’entrer en studio avec Louise la première fois alors qu’elle me demandais de l’accompagner dans son travail.  C’était troublant d’avoir l’impression de pénétrer dans son univers, de percer une part du mystère.  En fait je crois que j’avais plus ou moins le désir de comprendre le fond des choses afin de ne pas réduire la portée de ma fascination ( ou fabulation?).

Qu’elle soit en spectacle ou en répétition, Louise est généreuse, excessivement créative et totalement investie dans le travail de maitrise de l’interprète   Elle travaille  intensément, sans relâche, pour maîtriser la matière chorégraphique dans son corps ainsi que pour déjouer certaines difficultés en flexibilité et un manque d’ancrage en technique de base.  Pourtant, elle a toujours interprété le matériau chorégraphique avec une précision inouïe, une énergie intarissable et une rigueur à toute épreuve. Cela en soit est déjà admirable mais la magie de l’artiste interprète ne fait que commencer là au moment de appropriation du matériau chorégraphié.

Je crois que chacun d’entre nous sommes fascinés par certaines personnes. L’explication de ce phénomène ne réside pas uniquement dans la personne que nous admirons.  Une partie de la réponse est à l’intérieur de nous même.  Quelle chambre inconnue de l’Être se trouve exposée par un danseur, un interprète? Pourquoi sommes nous plus sensible à celui ci ou à celui là ?  Comment sommes-nous interpellés par la danse?   Est-ce le corps en mouvement devant nos yeux ou est-ce la personne qui vit des choses dans ce corps en mouvement qui nous atteint? Quel degré de sensibilité corporelle avons-nous pour recevoir la danse? Est-ce, au contraire, la construction et le propos de l’oeuvre chorégraphique dans laquelle se trouve cet interprète….

Pratiquant le métier de répétitrice, le plus important pour moi est d’entretenir un certain degré de fascination pour l’expérience du corps en mouvement, la réalité du moment  présent et l’espace dans lequel il se situe. J’aime surtout penser que j’accompagne les artistes dans leur quête d’authenticité.

Ginelle Chagnon

Une réflexion sur “Confessions d’une répétitrice (2)

  1. Marie-Chantal Scholl dit :

    Je suis tout à fait d’accord par rapport à Louise Bédard. C’est une interprète transcendante. Elle danse dans les interstices du temps et de l’espace. Elle produit de l’invisible. Pour moi, elle est l’artiste en danse la plus métaphysique qui soit à Montréal. Et avec une telle simplicité que son langage en est encore plus lumineux. Pour moi, elle est un être exceptionnel.

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