Parole de spectateur (2)

Nom de l’artiste: Frédéric Tavernini

Frédéric Tavernini a reçu sa formation à l’École de danse de l’Opéra de Paris. Il a commencé à travailler comme danseur professionnel à l’âge de 15 ans et a dansé des oeuvres de Jirí Kylián, Angelin Preljocaj, William Forsythe, Maurice Béjart, Mats Ek, Ohad Naharin, Carolyn Carlson, Nacho Duato, Hervé Robe, Trisha Brown, Maguy Marin, Stjin Celis. Depuis 2005, il est pigiste à Montréal et a travaillé avec Louise Lecavalier, le Carré des Lombes et RUBBERBANDance Group. Il collabore à présent avec Dave St-Pierre et crée son propre travail sous le nom Clovek & The 420.

Nom de la spectatrice: Catherine Viau

J’ai eu l’occasion de travailler avec Frédéric sur la reprise de Play it Again! puis sur la création de Là où je vis, oeuvres du Carré des lombes. La première chose qui frappe quand on a la chance de danser avec Frédéric, c’est son indéfectible présence comme partenaire. Improvisateur hors pair, peu importe les erreurs d’angles, les difficultés de contrôle ou la vitesse qui s’emballe, Frédéric sera toujours là pour amortir la chute et nous ramener au bon endroit. Au péril de son équilibre ou de ses articulations.

La deuxième chose qui surprend c’est son immense intelligence de la forme désagrégée, du poids véritable, de la mise en charge. Il faut être un peu physicien quand on danse. Connaître intuitivement la biomécanique, savoir distinguer le possible du suicidaire, oser ce qui peut être tenté malgré le doute et la peur. Il faut pouvoir calculer les trajectoires dans l’espace et le temps en évaluant la vitesse, les axes, les centres de gravité, les pôles d’attraction. Frédéric maîtrise cette science intuitive, plus qu’aucun danseur qui a croisé ma route jusqu’à présent.

Sinon, à la longue, mon émerveillement se déploie à observer son corps étrange qui se met en branle de la plus fabuleuse façon qui soit. Je n’ai jamais pu réellement comprendre d’où le mouvement naissait dans son corps si articulé. Quand Frédéric danse, il semble dialoguer avec une force dont il est l’égal. Sa possession est complète seulement parce qu’il accepte d’être possédé. Sa présence est sombre et torturée, c’est ainsi qu’il danse, sans compromis. Frédéric relève le défi de rendre justice à ce que le chorégraphe a défini pour lui dans le cadre de sa pièce, tout en restant fidèle à sa propre esthétique.

Dans son solo de « méchant » de la Pornographie des âmes, il exulte de férocité à peine contenue. Ses cheveux tombent raides et noir sur son  visage torturé, le sexe caché entre les jambes, le corps spasmé, il concentre l’énergie autours de lui. Pendant plusieurs minutes, ses muscles se rebellent sous sa peau, mais il tient bon. Il écume, il halète, il bave, il hurle en silence. S’il a violé et assassiné une fille dans les coulisses quelques minutes plus tôt, on ne sait plus trop maintenant qui a le plus souffert dans l’histoire. Ce qui nous trouble profondément. Frédéric surfe avec Dave sur cette pornographie de l’âme à vif. Plus personne ne respire s’il ne le fait pas. Plus personne ne bouge tant qu’il est là. Pendant tout ce temps, il nous attire à lui, sans qu’on puisse s’en détourner. Il canalise notre énergie naïve pour nous la renvoyer un peu plus grise, un peu moins lisse.

Hypnotiser huit cent personnes, les transporter dans un univers noir et secret sans dire un mot, ça s’appelle maîtriser l’art de la performance physique.

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