Brianna, Angie, Jacques et Nicolas

Aujourd’hui, je vous fais lire ce texte magnifique écrit par Mélanie Demers sur les danseurs qui ont travaillé avec elle à la création de Junkyard/Paradis. La blogueuse s’incline bien bas.

QUELQUES MOTS SUR CEUX QUE J’AIME…

Nicolas  Patry est un être inquiet. On sent parfois sa réticence à prendre le plancher. Pourtant, son corps lui oblige une magnifique prestance avec laquelle il doit composer. Il est en constante bataille avec lui-même. Ça fait de lui un danseur aux aguets! Persuadé qu’il est, que le vrai combat est à l’intérieur.

J’aime le voir se déployer de tout son long. Quand il se cabre, c’est un saule qui pleure. D’ailleurs, il y a toujours une petite tristesse dans l’œil qui persiste. Suis-je la seule à la déceler ? C’est dans cette faille que souvent je m’immisce. J’y puise quelque chose qui ressemble à une colère, un manque, une brisure ou une perte. Ça se révèle parfois dans le mouvement, souvent dans le silence. Ces choses-là ne se matent pas. Elles existent et se magnifient sous les lumières de la scène. C’est ça qui est merveilleux avec la danse de Nicolas.


Angie Cheng est une artiste fascinante. Secrète. Discrète. Silencieuse. Mystérieuse. D’une intelligence redoutable, étrange, singulière qui ne cherche pas l’approbation. Elle se donne comme une offrande le dimanche. Quand son rire éclate, il est prompt, surprenant, aiguisé, sans détour… Comme une gifle au cinéma !

Sa présence impose tranquillement. Sa tranquillité s’impose densément. Il n’y a pas de flafla, pas de froufrou. Elle est. Un point c’est tout.

Quand son corps s’emporte, c’est l’air autour d’elle qui s’incline, se courbe et fléchit. Certaines personnes commandent ce respect-là. Angie est une d’entre elles.


Brianna Lombardo est une force de la nature. Beauté sans équivoque. Femme sans peurs. Courage au cœur. Regard bienveillant, perçant, perforant. Voix de tragédienne. Répartie du stand-up comic. Centre enraciné. Élan ailé. Elle aborde chaque répétition comme un soir de gala. Comme si tout pouvait arriver.

Il y a un mélange de sacré et de païen dans son geste. Comme si chaque mouvement avait l’éclat d’un gallon de peinture rouge qu’on aurait lancé sur un mur blanc.

Sa danse est déchirante. Mortelle, dans le bon sens du terme.

Son humilité l’honore. Elle ne sait pas combien elle impressionne. Ce qui lui donne encore plus de valeur, celle de la modestie. L’étoffe des grands !


Jacques Poulin-Denis est un indocile. Un vrai rebelle qui refuse les conventions. Avec lui, tout s’invente et se réinvente, toujours et tout le temps. Tout se bouscule. Les idées, les images, les concepts, les symboles… Chez lui, tout est en constante évolution ! Ça peine à rester en place. Ce n’est pas un danseur ordinaire. Son esprit s’époumone autant que son corps.

S’il n’est pas un homme de compromis, il a plutôt l’intelligence de l’alternative. Toujours un autre chemin à emprunter. Toujours une autre voie à essayer. Je sais que c’est un complice car je n’ai jamais peur de me perdre quand je suis en sa compagnie.

Il est drôle. Touchant. Grave. Et tragique parfois. Quand il danse, on ne peut que s’incliner devant la beauté de son geste et l’intelligence de son corps.

Mélanie Demers

4 réflexions sur “Brianna, Angie, Jacques et Nicolas

  1. Stéphanie Brody dit :

    J’aime, j’aime, j’aime! On en veut encore des textes comme celui-ci sur les danseurs. Bonne idée!

    Petit conseil : il faudrait que les auteurs autres que Catherine signent leur nom au bas de leur texte (Mélanie Demers) ou sous le titre en haut (par Mélanie Demers). Je sais qu’il est dans l’intro, mais…

  2. Brianna Lombardo dit :

    Comment lire quelque chose de même et ne pas commenter.
    The love… right back at ya
    merci pour ces beaux mots mais ce n’est pas tout
    le niveau d’implication et d’interprétation; on n’est pas arrivé tous seuls
    merci pour le terrain de travail qui était toujours si inspiré, chargé où on trouvait l’espace et la confiance de oser
    merci de nous pousser constamment a dépasser nos limites time and time again mais toujours dans une sécurité
    merci pour cette gestuelle, cette physicalité brute, honnête, et le crisse de fun à faire
    merci merci merci

  3. Bernard Martin dit :

    Merci et bravo à Mélanie pour ce beau texte!
    J’ai versé une p’tite larme en le lisant, faut croire qu’il a touché une corde sensible.
    J’imagine que les chorégraphes sont constamment analysés et critiqués par la planète toute entière mais rarement lisons-nous plus de quelques mots sur la performance des danseurs.
    J’ai réalisé en réagissant à cette missive que je n’ai jamais été ainsi analysé tout au long de ma carrière. Est-ce pour cette raison qu’aujourd’hui j’en suis à me demander: Qui suis-je, où vais-je, que fais-je???
    En passant, j’ai trouvé « Junkyard/Paradis » tout aussi touchant et généreux que ce texte.
    Bravo à Mélanie, Brianna, Angie, Jacques et Nicolas que j’aime aussi!

    Et merci à Catherine pour ce blog!

    Bernard Martin

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