CALQ – 1/4

Introduction

Il m’est arrivé récemment de discuter avec un chorégraphe qui m’employait et qui se cassait la tête au sujet des horaires de répétitions pour la reprise d’une œuvre. Il se sentait obligé de remplacer une danseuse de l’équipe qui n’était pas disponible pour le dernier spectacle de la tournée. Il préférait assumer les coûts très importants du remplacement d’une artiste, plutôt que de perdre la vente d’un spectacle. « On ne peut pas se permettre de perdre un show dans le contexte actuel », m’a-t-il dit.

Si vous demandez aux chorégraphes du Québec s’ils sentent la pression de la vente et aux danseurs s’ils en subissent les conséquences, vous recevrez une réponse affirmative. Dans une réponse que j’ai faite à Stéphanie Brody suite au texte Le salarié et le pigiste, j’ai écrit cette phrase : « À présent, pour le CALQ, un des critères les plus importants pour juger de la pertinence d’accorder des fonds public à une compagnie de danse est sa capacité à vendre ». Par l’entremise de son directeur des relations publiques, Carl Allen, le CALQ a voulu énoncer son désaccord avec l’équation « Plus de show, plus d’argent » que je faisais ensuite. Monsieur Allen a publié un commentaire disant qu’il souhaitait « apporter une rectification » à mes propos.

Pourtant, mes affirmations reposent sur un sentiment qui m’apparaît très vif et très clair dans le milieu de la danse. Au départ, je me suis étonnée que mes propos fassent réagir le CALQ. Puis j’ai compris que les perceptions sont extrêmement différentes dépendant que l’on se tienne dans un studio ou dans les bureaux du 500 Places d’Armes. C’est ainsi que l’idée de ce texte est née.

Les sources

Le 17 août dernier, j’ai rencontré Lyne Lanthier et Mireille Martin, agentes au CALQ afin de discuter de cette divergence de perception. Ces deux personnes allumées, ouvertes et désireuses de me faire partager leur connaissance des dossiers ont consacré plus de deux heures à notre discussion. Lors de notre échange, j’ai relevé parfois certaines contradictions, mais je n’ai jamais douté de leur authentique désir de soutenir la danse, de leur respect pour les artistes et de leur intention sincère d’aider la communauté à s’épanouir.

En contre-point, j’ai discuté (par téléphone ou par email) avec 3 chorégraphes, qui garderont l’anonymat dans ce texte pour des raisons évidentes. Je leur ai donné à tous des pseudonymes masculins, bien que certains soient des femmes. Ils s’appellent donc Boris (25 ans de métier), Antoine (20 ans de métier), Ian (demande des subventions depuis 5 ans). J’ai également consulté les Constat du CALQ n°14, les Orientations proposées pour le secteur de la danse (2006), ainsi que les Rapports d’activités 2005-2006 et 2006-2007 du RQD.

Le processus d’attribution des subventions

Pour commencer, revoyons comment sont attribuées les subventions au CALQ. Un Comité consultatif d’évaluation (ce qu’on appelle communément « jury ») est formé par le CALQ, pour qu’il lise et évalue chaque demande en tenant compte

  1. des critères
  2. des grandes orientations disciplinaires.

Suite ce travail, le comité fait ses recommandations au Conseil d’administration du CALQ. Le comité ne fait que « recommander » (c’est pourquoi on l’appelle comité consultatif), mais c’est le C.A. qui a le pouvoir de la décision finale (il accepte, refuse ou modifie les recommandations du comité consultatif).

Les orientations disciplinaires

On connaît bien les critères d’évaluation, car on les étudie à fond quand vient le temps de rédiger une demande de subvention. Pour ce qui est des orientations disciplinaires, c’est une autre affaire. Prenons l’exemple de la conduite automobile. Les critères, ce sont les panneaux de signalisation et les feux de circulation. Les orientations disciplinaires, c’est le traffic, les enfants, les vélos, les gens qui traversent. Bref, les orientations disciplinaires, c’est le contexte dans lequel on pilote la voiture.

Il y a donc le dossier que la compagnie dépose et il y a le contexte dans lequel il est déposé. Le comité doit  évaluer les besoins de chacun en tenant compte de l’ensemble et des valeurs que la « famille » s’est fixée. Car les quatre grandes orientations disciplinaires ont été déterminées à l’aide de consultations faites dans le milieu en 2006. Elles ne sont pas disponibles sur le site du CALQ, mais je les ai obtenues grâce à la Loi d’accès à l’information:

  1. Restructurer le soutien de l’État à la discipline en tenant compte de son écologie et du développement des publics
  2. Améliorer les conditions de pratique et les conditions socio-économiques des artistes en danse
  3. Préserver les acquis et accroître le rayonnement de la danse au Québec et à l’étranger
  4. Développer des approches qui permettent le développement de la discipline

Quand le comité évalue les demandes des compagnies, il analyse d’abord le dossier de la compagnie dans un premier temps, puis rassemble tous les dossiers pour se faire une vue d’ensemble. Ensuite, on garde les meilleurs dossiers et le paysage « se construit » en fonction des orientations disciplinaires.

Certains contestent ces orientations disciplinaires qui ont une grande influence sur le processus d’attribution des subventions. Selon Boris, la manière dont on a mené le processus de consultation de 2006 n’a pas réellement permis au milieu de s’exprimer et de discuter ces orientations disciplinaires. Lorsque l’on retrace le parcours des orientations disciplinaires, on peut effectivement trouver un peu faible le ratio travail à l’interne / consultation publique.

Dans les rapports d’activités du RQD, on explique qu’un « document-synthèse intitulé Nouvelles orientations pour le secteur de la danse a été produit après six séances de travail, entre avril et juin 2006, entre le conseil d’administration du RQD et la directrice du Service de la danse et de la musique, Nicole Doucet, ainsi que Lyne Lanthier, chargée de projet en danse. » 5 mois plus tard, en octobre, le milieu a été consulté lors de deux rencontres publiques. Enfin, après quelques semaines de travail supplémentaires, les Nouvelles orientations ont été déposées en décembre 2006.

[à suivre! Je vous laisse digérer…]

Dans quelques jours, on arrête d’être végétarien et on mord dans la viande: CALQ 2/4 – Les fameux critères / Le point de vue du CALQ

Une réflexion sur “CALQ – 1/4

  1. George Krump dit :

    Merci de brosser ce portrait. J’aurais dû lire ce texte CALQ 1/4 avant de faire mon commentaire en réponse à CALQ 2/4.

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