Le salarié et le pigiste

Il existe deux statuts fiscaux possibles lorsqu’on est danseur-interprète à Montréal (ne prenez pas vos jambes à votre cou). Être salarié ou être pigiste. Cela dépend de la compagnie qui vous engage. Selon ce que je sais, Lalala Human Steps, BJM Danse, Les Grands Ballets Canadiens, la compagnie Marie Chouinard, O Vertigo, Cas Public et Montréal Danse sont les seules à salarier leurs danseurs (si vous avez des informations différentes, svp, me les faire parvenir et je corrigerai!).

Personnellement, je n’ai pas aimé le court séjour que j’ai fait dans une de ces compagnies. Pas à cause de la nature du travail, ni de mon employeur, ni de mes conditions de travail. Mais plutôt parce que je me sentais comme un petit rouage dans la grosse machine. À l’époque, cela faisait sept ans que je me démenais dans des contextes arides, à porter courageusement des œuvres sur mes épaules à six pieds du public, à sentir que ma performance avait une influence directe sur la vente des prochains spectacles. Dès que j’ai mis le pied dans la grosse machine, je me suis sentie dans un cocon. Je faisais un « mauvais » show? Pas grave. Une équipe du tonnerre était là pour enrober le tout: directrice des communications à l’affût, directeur général pro-actif, chorégraphe intelligente et en verve, lumières éclatantes, grosse scéno, 8 autres danseurs fougueux et théâtre prestigieux. Étrangement, je sentais que tout concourrait à me déresponsabiliser. Sylvain Lafortune, danseur émérite et titulaire d’un doctorat au département de danse de l’UQAM, m’avait apostrophée bien honnêtement quelques années plus tôt dans une réunion à l’UDA après que j’aie dit que je ne voyais pas l’attrait de travailler dans une grande compagnie : « Tu verras, le jour où on t’offrira un travail de ce genre, tu changeras probablement d’avis. »

J’y suis restée 8 mois et je n’ai pas changé d’avis.

Mettons quelque chose au clair : Travailler dans une grande compagnie, n’est pas fait pour tout le monde et tous les danseurs n’en rêvent pas, même si le statut de salarié peut faire envie.

Par contre, je comprends ceux qui apprécient une paie fixe et substantielle hebdomadaire (de 500 $ à plus de 1000 $), un horaire de travail consistant et le fait de bénéficier d’un certain prestige en travaillant pour un créateur de renom qu’ils admirent. Par ailleurs, ces danseurs sont relativement bien protégés par toutes les lois et règlements s’appliquant aux autres travailleurs salariés dans l’ensemble de la province et du pays. Ainsi, ils sont automatiquement protégés par la Loi sur les normes du travail (qui ne s’applique pas aux travailleurs autonomes), l’assurance de la Commission en santé et sécurité du travail, en plus de bénéficier du Régime québécois d’assurance parentale et surtout (!) de l’Assurance emploi.

Les danseurs qui travaillent pour ces compagnies bénéficient de conditions de travail avantageuses que leur envient bien de leurs collègues pigistes. Quoi que ces avantages ne sont pas accordés sans conditions. La plupart d’entre eux n’ont pas le droit de travailler pour d’autres compagnies ou chorégraphes (certains contrats l’indiquent, dans d’autres cas, ce sont des ententes tacites), ils doivent se soumettre en quelques sorte à la culture de l’entreprise et leurs noms sont très peu connus. Même dans le milieu, on parle « des danseurs de La La La » ou de « ceux de BJM » et plus encore que leurs collègues pigistes, ils évoluent dans un affligeant anonymat, sous la cape de la compagnie qui les emploie.

Certains d’entre eux ont eu l’opportunité et la ténacité de négocier des ententes collectives maisons avec l’employeur. O Vertigo et la compagnie Marie Chouinard ont signé avec leurs danseurs des textes établissant, entre autre, une échelle salariale et des règles concernant l’aménagement des horaires de travail tant à domicile qu’en tournée.

Le secteur de la danse rassemble donc des artistes-interprètes faisant le même travail, mais sous deux statuts bien particuliers. Le seul critère qui semble déterminer ce statut est le volume d’activité de la compagnie. Si la compagnie a suffisamment d’activités (environ 35 à 45 semaines de travail par année), elle offre le statut de salarié à ses danseurs. Sinon, c’est automatiquement le statut de travailleur autonome. Pour éviter les maux de tête à ses fonctionnaires, étant donné que les conditions de travail d’un danseur autonome ressemblent de manière troublantes à celles d’un salarié (même pour le danseur pigiste, c’est l’employeur qui détermine ses horaires, son lieu de travail, ses tâches, qui paie ses dépenses quand il est en tournée, etc), Revenu Québec admet cette exception :

« … un artiste peut se prévaloir d’une présomption le considérant comme un travailleur autonome si, au cours d’une année donnée, il a conclu plusieurs engagements avec un ou plusieurs producteurs et s’il travaille dans un des domaines de production artistique visés par la Loi sur le statut professionnel et les conditions d’engagement des artistes de la scène, du disque et du cinéma. » (Publication de Revenu Québec intitulée « Travailleur autonome ou salarié? »)

Je voulais ici planter le décor qui servira à nous demander : quelles sont les conséquences de la cohabitation des deux statuts au sein de notre groupe de danseurs?  Mon prochain texte suivra dans quelques jours et s’intitulera Deux solitudes : le danseur salarié et le RQD.

À bientôt!

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10 réflexions sur “Le salarié et le pigiste

  1. Stéphanie Brody dit :

    Bonjour,

    D’abord, bravo pour ce blogue fort intéressant! Il offre une voix que je n’avais jamais entendue auparavant, en 16 ans de carrière comme journaliste danse, hormis lors d’actions concertées initiées par des danseurs.

    Je me demandais si le niveau de cet «affligeant anonymat» était différent d’une compagnie à une autre. Y a-t-il des chorégraphes pour qui les danseurs sont réellement des individus, qu’il ou elle reconnait (publiquement ou ne serait-ce qu’à l’interne), et donc qui sont plus qu’un «matériau»? Je pose la question parce que de mon point de vue, je serais malheureusement tentée de répondre par la négative et comme je sens une sorte de grogne monter…

    • Absolument, pour les chorégraphes avec qui nous travaillons, nous sommes des individus, des artistes et le respect mutuel se sent. Le plaisir que le chorégraphe a avec ses danseurs a été présent dans de nombreux projets auxquels j’ai collaboré et loin de nous considérer comme des outils, ils sont régulièrement à l’écoute lorsque vient le temps de discuter de différentes propositions artistiques. Des situations conflictuelles surviennent à l’occasion, mais ce n’était pas ce que je souhaitais soulever ici, bien que j’aurai sans doute l’occasion d’en reparler étant donné que David Pressault vient de déposer au département de danse de l’UQAM, un mémoire de maîtrise intitulé « Éros et pouvoir: Regard Jungien sur les situations d’abus de pouvoir entre chorégraphes et danseurs contemporains ».

      C’est lorsque le travail se retrouve à l’extérieur du studio que les choses deviennent plus floues. Nous sommes dans une ère où beaucoup de gens se questionnent sur « la propriété » intellectuelle des oeuvres. Est-ce par peur de perdre ce droit de propriété sur leurs oeuvres ou par avidité de reconnaissance publique de la part des chorégraphes que les danseurs se retrouvent cachés derrière le chorégraphe ou la compagnie, quand vient le temps de faire la promotion du travail créé?

      À bien observer, je me demande quelle est la différence entre une compagnie de danse et une compagnie à but lucratif au point de vue de la mise en marché. Le produit est mis de l’avant avant les individus qui le créent, la « marque » est sacrée (c’est un Nike donc c’est un bon produit, c’est du Marie Chouinard, donc c’est un bon show) et les organismes qui attribuent les subventions ne portent pas tellement d’attention à la manière dont les produits sont vendus (aux coût humains qui résultent parfois de pratiques non-éthiques lors de la vente des spectacles). À présent, pour le CALQ, un des critères les plus importants pour juger de la pertinence d’accorder des fonds public à une compagnie de danse est sa capacité à vendre. Plus de shows, plus d’argent. Dans cette logique marchande, l’artiste (le chorégraphe et surtout le danseur) et son discours passe en dernier.

      • Carl Allen dit :

        Madame Viau,

        Au nom du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), j’aimerais apporter une rectification concernant un commentaire fait à son sujet sur votre blogue : Le danseur ne pèse pas lourd dans la balance en date du 25 mai dernier : « À présent, pour le CALQ, un des critères les plus importants pour juger de la pertinence d’accorder des fonds public à une compagnie de danse est sa capacité à vendre. Plus de shows, plus d’argent. Dans cette logique marchande, l’artiste (le chorégraphe et surtout le danseur) et son discours passe en dernier ».

        Pour le bénéfice de vos interlocuteurs, nous aimerions rappeler les lignes directrices sur lesquelles sont basées les évaluations par les pairs. Ainsi, tel qu’indiqué dans le programme de subvention du Conseil aux organismes de production en danse :

        « L’organisme qui présente une demande de subvention au fonctionnement fait l’objet d’une évaluation au mérite de sa performance, qui porte principalement sur sa programmation artistique et l’acquittement de son mandat, sa gestion et sa gouvernance, l’impact de ses activités sur le public, sa contribution au développement de la discipline et l’impact de ses activités sur le territoire ou dans la communauté (culturelle, linguistique) ».

        Voici le détail des critères :

        1 – Activités artistiques et acquittement du mandat (40 %)
        2 – Gestion et gouvernance (20 %)
        3 – Impact des activités sur le public (20 %)
        4 – Contribution au développement de la discipline (10 %)
        5 – Impact des activités sur le territoire ou dans la communauté
        (culturelle, linguistique) (10 %)

        Je vous invite ainsi que tous vos lecteurs à consulter le site Web du CALQ pour plus de détails.

        Carl Allen
        Directeur des Relations publiques
        Conseil des arts et des lettres du Québec

  2. Robert Meilleur dit :

    J’aimerais bien qu’on arrête de parler des danseurs de compagnie comme si on avait vendu notre âme d’artiste pour un salaire et des bonnes conditions.
    L’univers de Ginette Laurin m’inspire,me donne des défis et la répétition de spectacles me permet d’aprofondir mon travail d’intèrprète.
    Je suis très fier des oeuvres que l’on présente et il est difficile de se cacher derrière la compagnie quand le travail est jugé au départ parce qu’il fait parti d’ une grosse machine.

    • Robert, j’ai bien écrit: Par contre, je comprends ceux qui apprécient (…) le fait de bénéficier d’un certain prestige en travaillant pour un créateur de renom qu’ils admirent.

      Mais soyons francs: oui, CERTAINS chorégraphes, répétiteurs, danseurs de compagnies moyennes pensent que les danseurs de grande compagnies vendent leur âme au diable (je vais à l’inverse de ce que Catherine Lalonde dit au début de son commentaire), mais d’un autre côté, CERTAINS travailleurs de grandes compagnies (administrateurs, danseurs, chorégraphes, etc) regardent de haut leurs collègues pigistes et/ou moins fortunés avec le soulagement d’être protégé.

      Cette intolérance se voit des deux côtés et naît, je crois, d’un jugement à l’emporte-pièce qui ne s’attarde pas au choix de chaque individu de travailler dans le milieu qui lui convient le plus. Ce n’est pas parce que nous connaissons le nom de 500 personnes dans notre milieu que nous savons nécessairement tout de ce qui motive leurs actions.

      De mon côté, loin de moi l’idée de tirer sur les danseurs de compagnie, mais je veux avoir le droit d’exprimer que ce choix ne me convient pas. Et j’ai remarqué que bien des danseurs rêvent à la grande compagnie (comme s’il n’y avait que ce modèle de réussite) sans savoir réellement ce que cette vie implique.

      Ce que je souhaite apporter ici et dans les prochains articles (et Cath Lalonde le fait mieux et plus vite que moi) c’est que pigiste ou salarié, nous n’avons pas tout à fait les mêmes besoins, le même combat.

  3. Cath Lalonde dit :

    Je ne crois pas, Robert, que personne pense que les salariés vendent leurs âmes à « la compagnie du diable » – (boucane, tonnerre, lumières rouges, glace sèche…)

    Mais il y a un enjeu implicite qu’on oublie de nommer: la bataille pour la reconnaissance est, je crois, davantage nécessaire pour les pigistes, puisque les contrats ultérieurs – le pain, le beurre et le loyer – en dépendent.

    À l’inverse, il semble encore souvent essentiel à certains chorégraphes que leurs danseurs forment un tout. Un ensemble homogène. Un monde, un univers. C’est clair chez Marie Chouinard, où même la plastique des corps semble compter. C’est clair dans l’énergie similaire qu’on demande aux danseurs d’O Vertigo. Dans la nouvelle gang de jeunes chez Navas. Dans ce discours sur la reconnaissance et l’individualité, il ne faut pas oublier a) que pour certaines compagnies ou certaines pièces, l’homogénéité (i.e le groupe plus fort que l’individualité) est recherchée (je ne parle pas de moule, mais fort certainement d’une énergie, d’une saveur clairement favorisée); b) et conséquemment, si les danseurs de ces compagnies restent la plupart du temps anonymes, n’est-ce pas l’indice qu’ils ont fait une bonne job? Qu’ils se fondent dans le monde créé, qu’ils contribuent à nourrir l’image et le tableau global?

    Bien sûr, il est essentiel que les danseurs- pigistes comme salariés- puissent atteindre une reconnaissance – du public, et social. Mais n’y a-t-il pas parfois un sursaut d’ego blessé de ne pas être reconnu, alors qu’il est nécessiare à certaines pièces, justement, qu’il n’y ait pas d’aspérités individuelles?

    Les corps de ballet sont l’exemple le plus probant de cette réalité. En contemporain, prenons JOE, de Jean-Pierre Perreault. On parlera des « danseurs de Perreault », et c’est signe que l’unité de ton a fonctionné, que la pièce réussit. L’égalité, le fait que personne ne doit ressortir, en haut ou en bas est cohérent avec le discours même de l’oeuvre. Même chose pour les « esprits de meute » que créent Marie Chouinard, où les perruques viennent uniformiser encore plus les danseurs.
    Prenons, à l’inverse, « Do animals cry », de Meg Stuart. Là, les individualités ressortent. Les corps sont différents comme on l’a rarement vu dans une pièce de danse, les énergies aussi et cette diversité nourrit la structure même de la pièce, pleine d’aspérités et de rugosité. Mais ces pièces, qui misent dans leur structure sur les personnalités du danseur – au-delà du discours bien-pensant des chorégraphes – sont encore rares sur les grands plateaux à Montréal. Benoît Lachambre y touche. Et à vue de nez c’est pas mal le seul que j’arrive à nommer.

    Je crois que la nature de certaines oeuvres fait qu’on continuera de dire « les danseurs de La La La », « les danseurs de Léveillé », « les danseurs de Chouinard ». Et ce n’est pas signe d’un manque de respect face au travail du danseur. C’est le signe d’un certain type de pièce. Mais il ne faut pas alors se surprendre que l’anonymat soit plus dur à percer.

    • Robert Meilleur dit :

      Je crois que je prend tout un peu trop personnel et que j’ai de la difficulté à voir ¨le big picture¨et aussi peut-être parce que je n’ai aucun problème à trouver mon individualité à l’intérieur de ce groupe homogène.
      Peut-être aussi parce que j’ai fais une dizaine d’années comme pigiste et comme danseur de compagnie et que pour moi c’est le même travail d’interprète et que dans mon monde idéaliste je voudrais qu’il y est le même respect et le support des deux côtés pour le travail extraordinaire de chacun.
      Et surtout ,je vais essayer de ne pas oublier que ce blogue existe pour que tu puisses avoir la libertée d’exprimer ton opinion et ta vision personnelle.

    • Jamie Wright dit :

      C’est intéressant qu’on parle de personnalités et individualités des danseurs qui sortent sur scènes seulement dans certains proprositions chorégraphiques. C’est vrai quand on regarde le travail comme tel. Qu’est-ce qui est dommage c’est que chaque danseur dans chaque grande compagnie ou sur chaque grand plateau a un personnalité, est un individu. Mais comme publique on n’est rarement donné la chance d’avoir accès à ces personnalités, même via un nom sous une photo. L’anonymat(l’uniformité, plutôt?) de la présentation d’un oeuvre peut être très facilement distancier de l’anonymat des artistes qui le livrent.

    • Jamie Wright dit :

      C’est intéressant que Catherine parle de personnalités et individualités des interprètes qui ne sortent pas sur scène dans certaines chorégraphies de grande compagnie ou grand plateau. Une certaine uniformité chorégraphique n’enlève pas l’individu de l’interprète. Il faut différencier entre l’uniformité et l’anonymat. La danse souffre tellement de manque de points de rentrée, points d’accès. TOUS les individus impliqués dans la production d’une pièce peuvent servir de ces points d’accès, si ces informations sont offertes aux publiques.

  4. Mélissandre Tremblay-Bourassa dit :

    C’est un article très intéressant. Quelques informations supplémentaires: 1- Il existe aussi le statut de travailleur mixte, qui combine à la fois le travail de salarié et celui de pigiste. J’ai dansé pendant 3 ans pour feu Les Sortilèges Danses du Monde, où j’étais salariée. Cela représentait environ la moitié de mon revenu total annuel, le reste étant un cumul de contrats de pigiste. J’étais donc travailleuse mixte et, selon le contexte, j’avais les défis ou avantages de la salariée ou de la pigiste. D’ailleurs, le comptable Yves qqch (son nom de famille m’échappe), qui donnait (et donne peut-être encore?) des ateliers au RQD sur la fiscalité de l’artiste, mentionnait ce statut dans sa formation. 2-Autre chose à savoir: le RQAP s’adresse autant aux travailleurs salariés, autonomes ou mixtes (ce statut est spécifié sur leur site web), pour peu qu’ils produisent un rapport d’impôt de 2000$ pour la période de référence (et autres critères n’ayant aucun lien avec le salaire ou le statut de travailleur, genre résider au Qc le 31 décembre de l’année précédente). Je pense qu’à ce prix-là même les danseurs les plus paumés sont éligibles, ça devrait englober la majorité d’entre nous!

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