Graduer en mai 2012 (1)

26 mai

Dimanche passé, j’ai rencontré Louis-Elyan Martin et Marie-France Jacques, deux finissants de l’École de danse contemporaine de Montréal (Ladmmi). Assis dans un parc au soleil, nous avons discuté quelques heures de l’importante transition qu’ils vivent actuellement. Au début de notre discussion, un drame s’est joué à quelques mètres de nous qui n’impliquait ni policiers, ni manifestants, mais des oiseaux. À grands cris, une volée de moineaux tentait de protéger un oisillon tombé du nid d’une grande corneille noire. Raté. Le prédateur a fini par happer le petit et l’emporter au sommet d’un arbre. Je ne crois pas aux coïncidences et j’avoue que je me suis furtivement demandé s’il s’agissait d’un avertissement pour les deux danseurs que j’avais en face de moi. Mais à la fin de notre discussion, il me semblait évident que le symbole de cette scène ne se dressait pas comme un sombre présage devant ces deux diplômés.

La présentation

Marie-France Jacques termine un double DEC en Danse et Sciences humaines au Cégep de Drummondville en 2008. Elle étudie ensuite brièvement au School of Dance à Ottawa et participe ensuite à un stage au Centre chorégraphique Le Pacifique de Grenoble en France. Elle complète ensuite sa formation à l’École de danse contemporaine en 2012.

Louis-Elyan Martin est originaire de France, il a étudié la littérature et l’histoire anglophone à l’Université de Bristol en Angleterre et l’Université du New South Wales en Australie et obtient sa maîtrise en 2008. Voulant poursuivre sa passion pour la danse, il abandonne ses études et entame la même année une formation en danse contemporaine à l’Université Concordia, puis la complète à l’École de danse contemporaine de Montréal de 2009 à 2012.


La technique

J’ai commencé par leur demander quelles étaient leurs forces techniques. Les deux danseurs se sont esclaffés, comme si je faisais une bonne blague. Un étudiant en danse a toujours l’impression de ne pas avoir suffisamment de technique. L’enjeu pèse lourd. La technique pour un finissant, c’est un peu comme avoir un cash down à mettre sur une première maison. Si tu en as assez, tu as l’assurance de pouvoir te faire voir de certains chorégraphes. Puisque le nouveau danseur n’a pas encore la réputation d’avoir un charisme fou, d’être un excellent partenaire ou d’apprendre à la vitesse de l’éclair, puisque le bouche à oreille ne fonctionne pas encore pour lui, il doit avoir de technique. Mais qu’est-ce que la « technique »? Louis-Elyan s’est avancé le premier. « Ma force principale, c’est la force d’attaque. Je pousse fort, je me lance dedans. Pendant 3 ans, on m’a dit qu’il fallait apprendre à doser, mais en même temps je ne voulais pas perdre ça, parce que je sais que c’est ce qui me caractérise. »

Marie-France parle de son atout principal, qui semble être aussi être vécue comme une zone de tension entre les demandes externes et les sensations intimes de la danseuse : « Je suis forte, on me le dit toujours et ça m’énerve. Je suis groundée, solide. J’aimerais être souple et j’aimerais être la petite fille qu’on porte, mais je n’ai pas le casting de Giselle! » Car bien qu’on les pense associées au monde du ballet, la féminité traditionnelle, la grâce et la légèreté restent encore des valeurs hautement estimées en danse contemporaine: « J’ai entendu souvent, fais-toi en pas, à l’école, il faut que vous soyez beaux. Quand tu auras fini, tu ne seras pas autant critiquée sur ta féminité. Dans la pièce de Marie [Béland], on joue des personnages des années 50. Il fallait que je trouve cette féminité, mais pour moi, il y avait une adhésion à des stéréotypes féminins qui me semblait dépassés. Et pourtant, je viens de trouver un filon! Alors je dis : wow! Ceux qui m’ont dirigée ont réussi à faire sortir ça de moi. »

Le moule

C’est un concept qu’ils ont tous les deux soulevé. On les comprend, ces artistes en devenir de ne pas vouloir se conformer, se mouler à une vision trop institutionnelle, obligeant parfois un confinement de leurs possibilités. Ces trois ans à l’école leur a permis de sentir ce besoin d’expansion qui nourrira leurs possibilités créatrices. Marie France l’explique ainsi : « J’ai juste essayé de m’adapter et de fitter dans l’espèce de moule, et je n’ai jamais compris. Là depuis 3 semaines, j’ai décidé de laisser tomber. À l’école, il faut qu’on travaille toutes nos facettes, surtout les moins développées. Mais quand tu travailles toujours dans tes faiblesses, ça devient dur moralement. Je suis ce que je suis, ça ne va pas changer. » Louis-Elyan renchérit : « On me disait avant que j’entre à l’école que j’allais entrer dans un moule. On m’avait averti, mais je m’attendais à pire. J’ai changé en 3 ans, mais j’ai changé à ma façon. Faut dire que je suis entré à 25 ans et non 18, ce qui m’a permis de refuser plein de choses. Je sais quel type de danseur je veux devenir et je ne veux pas m’en laisser imposer. »

Reconnaissant la qualité de la formation qu’ils viennent de recevoir pendant ces trois années intensives, les danseurs gardent leur esprit critique à la veille de leur graduation. « Ladmmi, c’est LA grande école, explique Louis-Elyan. Certains étudiants semblent tout prendre à la lettre, peut-être parce qu’ils ont confiance que cette institution va faire d’eux des grands danseurs. » Bien que la qualité exceptionnelle de la formation qu’ils ont reçue soit indéniable, notre discussion nous amène à constater que le danseur ne doit jamais perdre de vue qu’il est maître de sa vie et qu’il ne peut s’en remettre entièrement à ceux qui accompagnent sa quête artistique.

Au sujet de cette opposition saine entre confiance et critique envers l’alma mater, Marie-France poursuit : « Moi je voulais faire complètement confiance au processus d’apprentissage. Mais j’arrivais chez nous et j’étais vraiment en colère. Alors depuis deux semaines, j’ai décidé de laisser aller. Je fais le choix de ne plus accepter certaines choses. Je mets le commentaire dans ma petite poche et je le sortirai plus tard. »

Je n’ai pas eu la présence d’esprit de demander à Marie-France d’expliquer concrètement d’où venait son sentiment. Mais j’avais la diffuse impression qu’elle parlait de la critique constante qu’on reçoit quand on fait l’apprentissage de la danse à un niveau élevé. Le danseur est constamment soumis à la critique publique. Il encaisse jour après jour les commentaires, il modifie à la demande sa ligne, son attaque de mouvement, sa respiration pour se fondre à l’ensemble ou pour être en concordance avec la pièce. À tel point qu’il devient parfois difficile pour l’interprète de rester intègre avec lui-même lorsque l’esthétique, le propos ou la mise en scène heurte ses sensibilités et ses valeurs artistiques.  

Philosophe, Louis-Elyan propose un compromis : « T’accepte jusqu’à un certain point ce que les profs t’apportent, mais après, c’est toi qui décide de prendre ou pas ce qu’on te propose ».

Ce soir, c’est terminé. Ce soir, ils viennent grossir les rangs peuplés et indispensables des artistes de Montréal.

À suivre! Dans quelques jours : la création, l’avenir, l’inspiration, l’autorité.

Tournée au Canada

15 mar

La vie de la blogueuse n’est pas de tout repos. Quoi dire, quoi taire? Comment faire changer les choses sans dire publiquement ce qu’il en est? Est-il possible de critiquer sans blesser, sans contribuer à démoraliser les troupes? Difficiles questionnements qui me reviennent constamment en tête, en coeur. Ce texte est une appréciation des théâtres qui nous reçoivent en tournée pendant le mois de mars. Il est né de ma recherche initiale sur les sites Internet qui publicisaient la venue de Fragments volume 1. J’ai découvert avec stupéfaction que les noms des danseurs n’étaient pas mentionnés sur les sites canadiens, alors qu’ils l’étaient sur les sites français. Je m’apprêtais à lancer un prix citron bien senti à tout le Canada anglais, mais je connais mon emportement, et j’ai attendu. J’ai vu alors que dans chaque ville, les noms des danseurs étaient spécifiés dans toute la publicité. Mon texte n’avait plus vraiment lieu d’être. Par contre, d’autres situations, faits, détails ont attiré mon attention et je me suis sentie l’envie de les partager avec mes lecteurs. Ce texte explique donc les aléas, les irritants, les intérêts d’une tournée vécue par le danseur. Il survole le lien entre le danseur et le diffuseur. À aucun moment dans les lignes que vous lirez, le travail de  Sylvain Émard ou de Maya Daoud n’est remis en question. Préparer une tournée d’un mois présente des milliers d’heures de travail. Et ce travail est fait avec acharnement, générosité et diligence. Je les remercie d’ailleurs de me laisser m’exprimer et les assure de mon amitié et de mon respect les plus sincères.

TORONTO – Enwave Theater

La promo

  • Sur le flyer, on peu lire les noms de tout le monde, mais ma photo n’est pas identifiée. Le design est laid à pleurer. Comme l’a commenté en riant un membre de notre équipe : « On dirait qu’ils ont fait ça avec Word 1992, même moi je ferais mieux! ». Puisque c’est de la danse contemporaine, ça serait une bonne idée que le design le reflète…
  •  Le site Internet : Les noms des danseurs n’y figurent pas. Ma photo n’est pas identifiée, mais le nom du photographe est présent.
  • Le programme : Exhaustif, avec bios de tous.

Le théâtre

Les loges, la salle sont très correctes. Par contre, l’équipe technique est une des pires que j’aie rencontrée. Pas d’accès à la scène avant 18h, pas d’éclairage adéquat sur scène avant l’échauffement, ils ont rendu le travail très ardu pour notre équipe qui n’avaient pas le droit de toucher à quoi que ce soit. Les coulisses étaient mal entretenues, pas de serviettes dans les loges. Le soir du spectacle, il a fallu leur demander d’éteindre le hockey et l’imbuvable Don Cherry en coulisse à 5 minutes du début du spectacle. Inacceptable.

Le producteur

Le contact des danseurs avec les directeurs du théâtre a été minimal. À peine un timide bonjour et bravo pendant la réception à la suite du spectacle.

On y retourne? Bof, le moins possible à cause de l’équipe technique très peu professionnelle.

EDMONTON – Timms Center for the Arts

La promo

  • Sur le site de la Brian Webb Danse Company et sur celui de Tix on the Square, n’apparaissent pas les noms des danseurs, mais on y trouve une phrase écrite par Paula Citron : “At the heart of every dance by Sylvain Émard is the dancer”. Notez l’ironie…
  • Le programme est très détaillé, les bios de chaque artiste y apparaissent. Tous les noms sont sur le flyer et chacun est bien identifié.

Le théâtre

Contraste extraordinaire avec Toronto, l’équipe technique est affable, professionnelle, allant au-delà des attentes de tous. Les artistes et la compagnie sont traités avec respect, on s’y sent chez soi, bienvenu, apprécié. Les loges et les coulisses sont impeccables, les serviettes moelleuses et lavées chaque jour. Le plancher de la scène est par contre très dur et le tapis de danse a besoin d’être changé: ça glisse!

Le producteur

Brian Webb aime les artistes et ça se sent. Chaque soir avant la représentation il vient nous saluer pendant notre échauffement. Il connait nos noms, il nous accueille avec chaleur et nous pose des questions sur nos parcours respectifs. À la dernière nous avons même eu le plaisir d’aller manger chez lui.

Le petit plus

Lin Snelling, danseuse et improvisatrice qui enseigne au Drama Department de la Alberta University m’a directement invité à enseigner à ses étudiants. C’est un réel plaisir de les avoir côtoyés.

On y retourne? Oui, sans hésiter!

VANCOUVER – Firehall Art Center

La promo

  • Le site du Firehall n’indique le nom d’aucun danseur ni collaborateur. Le nom du photographe est absent et les danseurs sont non-identifiés sur la photo. La fameuse phrase de Paula Citron trône encore sur la page dédiée à Fragments vol.1…
  • Les danseurs sont nommés et clairement identifiés sur le flyer et les posters.

Le théâtre

Dé-gueu-lasse. On se demande ce qui grouille dans le tapis des loges du haut. Pas de lavabo, pas de douches, des lampes à moitiés brûlées. Des morceaux de verres en coulisse, une salle mal équipée, poussiéreuse, un plancher en béton, un tapis de danse comme une patinoire, des rideaux lamentables. Et malgré tout, de manière surprenante, c’est l’endroit où le spectacle est le plus beau visuellement jusqu’à maintenant…

Le producteur

Encore une fois, un timide bonjour et bravo après le spectacle, sans présentation officielle. Je me demande parfois si les danseurs font peur ou simplement si on les salue par politesse, parce que dans les faits, la relation est exclusivement développée avec le chorégraphe. Pourtant, quand le producteur vient nous serrer la main avant le spectacle et nous exprime son plaisir de nous recevoir, ça change réellement la donne. On réalise soudainement qu’on vit toujours sans recevoir aucun encouragement à part celui de notre propre équipe. Mais quand ce producteur inconnu nous assure de son plaisir à nous recevoir, quand il laisse transparaître son bonheur de voir le show « en vrai » parce qu’il ne l’a vu que sur DVD, ça fait chaud au cœur.

Le petit plus

Des spectateurs enthousiastes, une salle chaleureuse et généreuse, la proximité des artistes avec le public.

On y retourne? Oui, mais seulement quand ça sera rénové!

Position, mobilité, vitalité.

3 jan

En ostéopathie, on s’acharne à nous répéter des expressions clés. L’une d’entre elle est : position, mobilité, vitalité. Cette courte énumération me ramène à mon apprentissage de la danse. Plusieurs personnes me disent : tu dois avoir choisi l’ostéopathie parce qu’elle étudie le corps humain que tu connais si bien après avoir dansé. Elles n’ont pas tort. Lire la suite 

Flocons, Rotonde et Danse-Cité (2012)

30 déc

Emploi du temps oblige, je n’ai pas eu le temps de compléter ma revue des danseurs 2011-2012. Je me reprends partiellement ici en vous présentant les danseurs que l’on verra dans les programmations de la Rotonde (Québec) et Danse-Cité. Lire la suite 

Prix cerise à Alain Bolduc

23 déc

Récemment, je suis allée voir le spectacle Le Cirque (pas celui du Soleil) de Manon Oligny, créé pour les étudiants de troisième année du département de danse de l’UQAM. J’ai été agréablement surprise par la mise en valeur des danseurs. À l’entrée de la salle, les spectateurs étaient accueillis par une enfilade de photos de chaque interprète. Puis, dans le programme, chaque danseur était clairement identifiable grâce aux portraits qu’on avait insérés dans le programme. Lire la suite 

Sursaut de vie avant Noël

15 déc

Un petit billet rapide, surtout pour maintenir le contact, avant d’avoir plus de temps pour mûrir et rédiger des réflexions plus poussés… Bref, une chance qu’on a les vacances pour achever le travail qui déborde du quotidien!

Prix citron à Sursaut Lire la suite 

Les détails

13 oct

Il y a quelques jours, j’ai donné incognito sur Facebook un prix citron à Dany Desjardins après avoir vu la vidéo promotionnelle pour Pow Wow. Lire la suite 

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